Daniel Cohn-Bendit, ancien député européen actuellement confiné en Allemagne, est l'invité de Léa Salamé à 7h50.

Daniel Cohn-Bendit
Daniel Cohn-Bendit © Radio France / Anne Audigier

"En Allemagne nous avons un confinement light", explique Daniel Cohn-Bendit. "Je peux sortir tout à l’heure, faire une heure de vélo, aller me promener avec ma femme au parc à 3 minutes de chez moi. On parle de distanciation sociale, en fait il faut parler de distanciation physique : vous vivez dans un cocon, vous pouvez sortir avec votre cocon, mais il doit être à une distance d’au moins deux mètres d’un autre cocon."

Jusqu'ici, l'Allemagne a moins de cas que d'autres pays européens. Mais pour le député européen, c'est peut-être une simple illusion. "Les spécialistes disent encore aujourd’hui que la vague arrive simplement en Allemagne, donc il faut voir comment les choses vont se passer la semaine qui vient."

Pas de "il faudrait, y'a qu'à"

Qu'est-ce qui fait qu'on a l'impression que la crise est mieux gérée chez nos voisins ? "Les mêmes critiques sur la gestion trop économique, néolibérale de la santé existent en Allemagne. La grande différence, c’est le fédéralisme. Chaque Land a un ministre de l’Intérieur, un ministre de la Santé. La répartition de la santé Land par Land est beaucoup plus efficace avec le fédéralisme qu’avec le centralisme français ou celui d’autres pays. Tout la classe politique est représentée et fait partie de la gestion. Il n’y a pas “il faudrait, y’a qu’à”, nous sommes tous dans la gestion."

Pour lui, il y a aussi "une grande différence de personnalité entre Angela Merkel et Emmanuel Macron. Dans une situation de crise comme celle-là, en tant que femme elle a une communication protectrice, qui rassure. C’est bien pour la gestion interne et la gestion européenne."

L'aide de l'Europe est-elle inexistante ou trop faible ? "Il y a de l’aide qui s’organise : il faut voir les trains, les avions venus d’Italie ou de France vers l’Allemagne. Les Européens ont versé des millions de protection aux Italiens. Il n’y a pas de propagande à la chinoise, mais l’absence de propagande ne veut pas dire absence."

"Un vent de révolte monte en Allemagne"

Pour Daniel Cohn-Bendit, le problème c'est qu'il y a "des divisions nationales : quand l’Italie a besoin qu’on lui prête de l’argent, garanti collectivement, l’Allemagne et les États du Nord sont d’un égoïsme catastrophique." Mais il pense que "Merkel va réagir au dernier moment. Même si pour l'instant est incapable de dépasser les contradictions qui existent dans son pays."

Toutefois, il rappelle que la première bonne réaction, "c’est celle de la Banque centrale européenne". Et que l'Union européenne ne restera pas aux abonnés absents : "Il va y avoir dans 15 jours un nouveau sommet, et vous allez voir que quelque chose va en sortir. Un vent de révolte est en train de monter en Allemagne, et l’Allemagne va bouger. Pour son intérêt à elle, elle a besoin que l’Europe se sorte du gouffre où elle est aujourd’hui."

Il estime aussi que plus rien ne sera comme avant après l'épidémie... Mais qu'il faudra l'assumer : "On a appuyé sur le bouton “reset”, on va redémarrer. Mais redémarrons en ayant en tête les critiques faites à la situation économique et écologique où nous nous trouvions."

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