Pierre Moscovici, ancien ministre de l'économie et des finances et Premier président de la Cour des comptes, est l'invité de Léa Salamé. Il révèle un rapport très sévère sur la gestion des dons pour la restauration de la cathédrale parisienne, dont une partie sert à toute autre chose…

"Ce rapport est construit, constructif, étayé, il vise à assurer la transparence pour les donateurs", assure Pierre Moscovici. "Il y a 825 millions d’euros, c‘est un élan absolument unique, beaucoup plus fort que pour n’importe quelle autre catastrophe (le tsunami, Haïti…), avec plusieurs dizaines de millions qui proviennent de l’étranger, des grands donateurs, des mécènes qui ont fait des promesses considérables. Ils ont le droit de savoir à quoi leur argent ou leurs promesses servent ou vont servir. C’est pour ça que nous demandons par exemple qu’il y ait une comptabilité analytique, pour avoir une traçabilité de ces dons. Qu’ils sachent que ça sert uniquement à la reconstruction de la cathédrale."

Le rapport pointe d’abord une gestion trop complexe de la cathédrale avant l’incendie. "La gestion d’une cathédrale comme celle-ci est très compliquée parce qu’il y a un partage de responsabilités entre le clergé, la ville de Paris et le centre des monuments nationaux. La conséquence, c’est que la sécurité de la cathédrale résultait d’un certain nombre de procédures et de marchés qui n’étaient pas très clairs, avec des moyens assez faibles et des responsabilités enchevêtrées. Je ne dis pas que c’est la cause, c’est à l’enquête judiciaire de déterminer ce qui s’est passé. Mais il est regrettable qu’il n’y ait pas eu d’enquête administrative pour tirer les leçons de ce qui s’est passé. Il faut éviter que ce genre de choses se répètent, donc il faut lancer maintenant une enquête administrative."

Une partie des dons utilisée "pour la valorisation des abords, la communication, ou le fonctionnement de l’établissement public"

"Il y a 825 millions d’euros de dons, collectés par quatre organismes. Là-dessus, il y a encore 640 millions d’euros de promesses de don", rappelle le Premier président de la Cour des comptes. "C’est la raison pour laquelle la transparence est indispensable, car ce que nous voulons, c’est nouer un pacte de confiance dans un contexte de crise économique qui peut faire réfléchir par rapport à certaines promesses."

"Cet argent va d’abord aux travaux d’urgence pour la consolidation de la cathédrale, ça représente 165 millions d’euros. On va savoir à la mi-octobre quel sera le coût total [de la reconstruction]."

Mais il y a un problème avec la manière dont sont gérés ces dons. "Sur le fléchage des dons, il a été décidé de mettre en place un établissement public, confiée au général Georgelin. C’est une solution originale, on aurait pu choisir le ministère, on a choisi un établissement public pour associer le clergé et la mairie de Paris", justifie Pierre Moscovici. "Le problème, c’est qu’il y a maintenant une débudgétisation : normalement, un établissement public de ce type doit être financée par des fonds publics. Or là, c’est l’argent des donateurs qui est utilisé, et ces derniers envisagent ces dons uniquement pour la restauration et la reconstruction de la cathédrale… Et pas pour la valorisation des abords, ou pour la communication, ou le fonctionnement de l’établissement public. Ce n’est pas considérable, mais ce que nous demandons, c’est qu’il y ait une clarification : le financement doit être public, et la tutelle du ministère de la Culture doit pouvoir s’exercer normalement."

  • Légende du visuel principal: Pierre Moscovici © AFP / JOEL SAGET
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