Jean Rottner, médecin urgentiste et président LR de la région Grand Est, est l'invité de Léa Salamé à 7h50.

Jean Rottner
Jean Rottner © AFP / Jean-Christophe Verhagen

Sa région est toujours la plus touchée par l'épidémie de coronavirus : "Oui les hôpitaux sont toujours submergés, oui les difficultés sont là", explique Jean Rottner. "Ça fait peut-être 15 jours que la France est confinée mais ça fait quatre semaines que dans l’Est de la France nous subissons cette épidémie, quatre semaines que nous sommes dans l’œil du cyclone, et ça secoue toujours aussi fort."

Des malades transférés et soignés aussi bien que possible

C'est l'une des raisons qui a poussé la région Grand-Est à transférer ses malades. "Nous opérons des transferts vers d’autres régions et vers l’étranger (Allemagne, Luxembourg). Plus d’une cinquantaine de patients ont été transférés vers l’étranger, ce qui est déjà important. La nécessité c’est, compte tenu du nombre de patients quotidiens qui arrivent en réanimation (on a entre 15 et 20 patients intubés tous les jours rien que pour le centre hospitalier de Mulhouse), de faire de la place. Pour que toute personne qui vient demain, après-demain, au long de la semaine, puisse bénéficier du même niveau de soin et qu’il n’y ait pas de réanimation dégradée."

Jean Rottner assure d'ailleurs qu'il n'y a pas de "tri" des malades : "Tout le monde est accepté, sur la base d’une réflexion médicale et d’une stratégie médicale. Si votre question c’est de savoir si 75 ou 80 ans est un âge limite, la question ne se pose pas comme cela : c’est de savoir s’il y a un maximum de chances pour sauver quelqu’un. Et le maximum de chances, c’est d’avoir un lit et un respirateur, d’être en capacité de prendre cette personne correctement en charge."

Un cruel manque de matériel et des promesses non tenues

Le problème, c'est qu'aujourd'hui, ces questions de matériel sont au cœur de l'inquiétude, en Grand-Est mais aussi ailleurs. "Ces sujets peuvent concerner toute la France si l’épidémie s’étend", explique le président de région. "Il faut des masques pour les personnels soignants, j’en ai commandé 5 millions (à l’heure où je vous parle j’espère qu’ils sont dans l’avion qui a dû décoller de Chine). Il manque aussi des blouses, des drogues pour endormir correctement les patients, des respirateurs, des réactifs, des tests..."

Des pénuries qui ont un impact sur l'ampleur du dispositif médical. "Nous pourrions dans certains centres hospitaliers augmenter de 5 à 10 lits nos capacités de réanimation, mais on nous promet des respirateurs depuis des semaines, et nous n’en avons jamais vu la couleur. Ça aussi c’est usant : on vous promet et ça n’arrive pas. Pour le personnel, ajouté au stress, à la peur, à la mort, c’est extrêmement pénible."

Sur la chloroquine, "il faut rester humble et savoir attendre"

D'autant que le personnel soignant est aussi touché par l'épidémie, ce qui réduit à chaque fois temporairement les effectifs. "À Strasbourg, il y avait à une époque plus de 200 personnes touchées, à Mulhouse c’est plus d’une centaine. Il faut au quotidien être en capacité de gérer ces absences transitoires, qui ampute encore les capacités de soin de nos équipes."

Enfin, Jean Rottner, lui-même médecin, estime qu'il ne faut pas trop miser sur la chloroquine. "Il faut rester extrêmement humble par rapport à ces débats, et savoir attendre", assure-t-il. "Des études sont en cours. Mais aujourd’hui ce qui sauve des vies, c’est l’oxygène, c’est la capacité d'intuber des patients et de les mettre en réanimation. C’est ça l’urgence."

Les invités
  • Jean RottnerMaire de Mulhouse, président de la fédération nationale des agences d'urbanisme
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