Xavier Bertrand, président sortant de la région des Hauts-de-France et candidat à sa réélection, est l'invité de 7h50.

Que pense-t-il du débat sur les dates de la présidentielle l'an prochain ? "C’est pas le choix des dates l’an prochain qui m’interpelle, c’est qu’elles aient fuité, comme par hasard, cette semaine. Je suis intimement convaincu que c’est une façon pour le gouvernement, pour le chef de l’État, de dire que les élections régionales sont déjà derrière nous, que le deuxième tour n’est pas si important que ça, parce que déjà l’élection présidentielle est là, dans moins de 10 mois. Comment vous voulez qu’on se mobilise tous pour dire aux électeurs d’aller voter, quand on leur dit de façon subliminale que l’élection importante, c’est la présidentielle dans dix mois. C’est une façon d’enjamber ce résultat des élections régionales et départementales."

Xavier Bertrand est arrivé en tête dans sa région au premier tour, sur fond de forte abstention. "C’est vrai que quand vous avez deux tiers des électeurs qui ne se déplacent pas, il faut aussi entendre ce silence assourdissant, il faut aussi en tenir compte. Le taux de participation était déjà très faible aux dernières élections régionales, je pense qu’il y a aussi dans notre pays un vrai besoin de simplification. Je ferai à nouveau des propositions pour qu’on puisse regrouper les élus départementaux et régionaux, ce serait beaucoup plus simple et lisible. On se rendrait compte que ce que font les départements et les régions, c'est important pour la vie des gens."

Le vote électronique peut-il être une solution ? "Tant qu’on n’a pas les garanties maximales en termes de cybersécurité, je préfère que l’on garde le mode de vote tel qu’on le connaît, éprouvé depuis bien longtemps."

"Tous ceux, y compris Emmanuel Macron, qui vont m’aider pour faire reculer le Front national sont les bienvenus"

Il tacle également son adversaire RN : "M. Chenu est aux abois, il est passé complètement à côté de sa campagne, parce qu’une fois encore on s’est rendu compte que le Front national n’a rien à proposer, sinon des mensonges, des amalgames, des propositions qui ne tiennent pas la route. Vous savez que je combats depuis des années les dirigeants du Front national, je sais qu’ils exploitent la colère des gens. M. Chenu a fait un score en net recul, parce que les gens voient bien qu’à part profiter de leur malheur, ils n’ont pas de solution."

"Vous avez vu la façon dont Mme Le Pen a parlé à ses électeurs, avec une forme de mépris ? Elle oublie une chose, c’est qu’en démocratie c’est le peuple qui est souverain, et les responsables ne sont que des serviteurs du peuple. Tous ceux, y compris Emmanuel Macron, qui vont m’aider pour faire reculer le Front national sont les bienvenus."

Il a aussi mis au cœur du débat, lors de ces régionales, la question des éoliennes. "L’État n’a pas tenu parole. Les éoliennes, non seulement ça nous coûte très cher, mais en plus ça défigure le paysage. La France, c’est une culture, une tradition, des paysages. Trop c’est trop : un quart des éoliennes sont dans la région des Hauts de France. Comme j’ai dit au gouvernement que nous voulions y mettre un terme, et qu’ils ne l’ont pas fait, nous allons financer des associations qui se serviront de ce financement pour informer la population, pour faire des études environnement/santé, et pour engager des actions quand les choses ne changeront pas."

En revanche, il favorise le nucléaire "une énergie décarbonée, avec en France des garanties de sécurité qui sont uniques au monde".

"On me fait ce procès parce que je travaille avec les chasseurs, qui sont des écologistes de bon sens. Moi je veux une écologie pragmatique. C’est dans ma région que nous avons mis en place un projet pour planter un million d’arbres, que nous mettons en place “Hauts de France propres” pour qu’il y ait une appropriation de la nature par tout le monde, qu’on a mis en place des lycées campus de la transition écologique, avec du photovoltaïque et des circuits courts."

"Si vous n’avez pas la justice, vous ne faites pas les réformes"

Pour lui, "le Conseil d’État a eu raison" en repoussant l'application de la réforme de l'assurance chômage : "On ne fragilise pas des centaines de milliers de chômeurs quand il n’y a pas d’offres d’emplois en nombre suffisant. C’est pas cette réforme-là qu’il faut faire, car c’est avant tout une réformer financière, pour faire des économies, sur le dos des nombreux salariés qui sont privés d’emploi. Il faut faire une réforme où il faut mettre le paquet pour que les gens retrouvent un emploi. Cette réforme-là n’est pas guidée vers cette logique. Je proposerai dans les mois qui viennent une autre réforme de l’assurance chômage pour favoriser le retour vers l’emploi."

Quant à la réforme des retraites, il estime qu'il "faudra la faire, mais ce sera tranché par la présidentielle. Ce gouvernement, le chef de l’État, ne peuvent pas donner les garanties de justice qu’il faut pour faire une réforme des retraites. J’ai été rapporteur du texte sur les retraites en 2003, une réforme qui demandait des efforts, mais qui apportait de la justice, avec notamment le dispositif “carrières longues”. Si vous n’avez pas la justice, vous ne faites pas les réformes indispensables au pays."

La droite partira-t-elle divisée à la présidentielle, alors qu'on évoque des candidatures de Xavier Bertrand, de Valérie Pécresse, de Laurent Wauquiez ? "Vous avez cité nos trois noms, vous ne trouvez pas que ça fait déjà une belle équipe de France, qui aura d’autres membres ? Des membres des LR mais pas seulement, des talents. On dit souvent que notre droite est la plus bête du monde, c’est pas du tout une fatalité. J’ai déjà dit ma conviction profonde : je serai le candidat de la droite républicaine et populaire. Parce que je sais pertinemment qu’en France il y a des gens qui vont bien, des gens qui vont moins bien, et il va falloir les rassembler et apaiser le pays."

  • Légende du visuel principal: Xavier Bertrand © AFP / Célia Consolini / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Les invités
Contact