Fanny Liatard et Jérémy Trouilh, réalisateurs, sont les invités de 7h50 pour la sortie de leur film Gagarine.

"Gagarine, c’est un film qui cherche à décaler le regard sur une cité, la cité Gagarine [à Ivry-sur-Seine] qui a été démolie l’année dernière", explique Fanny Liatard. "C'est une cité qui a été inaugurée par un astronaute, le premier homme dans l’espace. On a voulu amener de l’espace dans ce lieu qui avait mauvaise réputation, qui était beaucoup décrié."

Jérémy Trouilh poursuit : "Pour Youri [le jeune héros du film], Gagarine c’est sa famille, c’est toute une communauté qui est là pour lui depuis qu’il est tout petit, grâce à laquelle il a pu grandir fort de ses rêves. En craignant de perdre cette communauté, il peut tout perdre. Donc il se lance dans une forme de résistance à toute épreuve, avec les amis qu’il a autour de lui. C’est un réparateur, il croit dans le fait qu’on peut réparer et sauver le passé."

"Les habitants qui sont autour de lui viennent combler ce manque de sa mère", ajoute Fanny Liatard. "Mais petit à petit il se retrouve abandonné par tout le monde, par un système qui le laisse seul dans cette cité. Il va devoir puiser dans son imagination pour survivre."

"Une jeunesse qui regarde vers le ciel"

"On a essayé pendant toute l’écriture et la mise en scène de trouver un équilibre entre écriture et onirisme", précise Jérémy Trouilh. "Parce que c’est ça qui permet de décaler le regard sur des lieux qui, souvent, sont montrés toujours de la même manière, avec la même violence, sans issue. Nous, pendant les années qu’on a passées à Gagarine, on a rencontré une jeunesse pleine de rêves immenses et divers. On avait envie rendre hommage à ces rêves : le personnage de Youri incarne une jeunesse qui regarde vers le ciel, même s’ils sont très ancrés dans un réel."

Pour Fanny Liatard, le film veut "montrer qu’il y a plein de récits sur un territoire comme la banlieue. Nous on a rencontré des jeunes qui veulent être chanteurs, chirurgiens, agents secrets, et là on parle d’un jeune qui veut être cosmonaute. Bien sûr qu’il y a 1.000 chemins possibles pour ces jeunes ! Et on ne veut pas qu’ils soient enfermés dans une image qu’on leur impose. Dans les années 60, il y avait une utopie de vivre ensemble."

"[Au moment de l’inauguration], il y a une liesse autour du bon vivre ensemble de l’époque", explique Jérémy Trouilh. "Ce qu’on essaie de dire, c’est que ces utopies ont pris un petit coup et qu’elles sont à réinventer. Quand on regarde la jeunesse, ce collectif dans les communautés qui vivent dans des cités comme Gagarine, les utopies sont encore là."

"La France les oublie parfois, ces jeunes-là, ils sont invisibles alors qu’ils sont magnifiques, et qu’ils ont juste besoin d’un peu d’attention pour pouvoir éclore."

  • Légende du visuel principal: L'affiche du film Gagarine © DR
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