Peggy Kilhoffer, professeur de CM1-CM2 de l’école Jean-Mermoz de Schiltigheim (Bas-Rhin), et Robert Badinter, avocat, ancien Garde des Sceaux. ancien Président du Conseil constitutionnel, sont les invités de 7h50 pour leur livre Abécédaire républicain (Fayard).

Peggy Kilhoffer publie, en cette rentrée des classes, un Abécédaire républicain, dont le projet est né après l'assassinat de Samuel Paty l'an dernier. "A l'issue des vacances de la Toussaint, c'était aux enseignants d'organiser l'hommage à Samuel Paty. La question qui m'est venue, c'est de me dire "je sais que c'est essentiel, mais comment faire pour ne pas heurter leur sensibilité et tout de même les faire réfléchir sur les valeurs de la République, sur ce qui s'est passé"", raconte l'enseignante, professeure de CM1-CM2 à Schiltigheim, dans une zone d'éducation prioritaire.

"Avec l'âge de ces enfants, connaître des définitions c'est important mais pas suffisant", ajoute-t-elle. "La mission de l'enseignante, surtout en éducation prioritaire, c'est de rester ambitieux et exigeant dans l'enseignement qu'on peut dispenser, mais s'arranger pour que les concepts soient à leur portée, et qu'on puisse aller au-delà, continuer à réfléchir au quotidien à cet engagement citoyen et aux valeurs républicaines"

Peggy Kilhoffer se base sur l'hommage préparé par Robert Badinter à Samuel Paty : "Je me suis dit que je ne pouvais pas passer à côté de ce message en direction de mes élèves. Et ils ont été très respectueux, extrêmement attentifs, très interpellés, concernés par ce qu'il s'était passé", raconte-t-elle, expliquant qu'elle a ensuite incité ses élèves à définir, avec leurs propres mots ce qu'il y a derrière les concepts des principes républicains. 

Ils se sont écoutés, ils ont parlé, échangé, ils ont argumenté, ils n'étaient pas d'accord parfois, par exemple sur le concept de liberté, sur quand la loi peut prendre le pas sur des décisions personnelles.

Robert Badinter découvre, à l'issue de ce travail, l'abécédaire, les lettrines, les dessins des élèves. "Je suis un vieil enseignant, ça m'a ému au-delà du possible. Inévitablement, quand vous parlez en hommage a quelqu'un qui est mort pour nos valeurs, vous êtes aussi simple, concis, que possible. Mais vous ignorez quels seront les échos de ce que vous avez dit", dit l'ancien Garde des Sceaux, qui a poussé en faveur de la publication de ce projet, qui selon lui n'est pas seulement un abécédaire mais aussi "un témoignage magnifique à la mémoire de Paty", explique-t-il, ajoutant qu'il souhaite que l'exercice soit reproduit partout, dans toutes les écoles de France. 

Derrière chaque abstraction, il y a le sentiment et l'imaginaire qui s'expriment. Ce sont les enfants qui parlent de ce qui nous est si cher, si essentiel : les valeurs de la République.

Que peut souhaiter Robert Badinter, qui dit que l'enseignement est le métier qu'il a le plus aimé, aux enseignants ? "Bon courage, et continuez", répond-il. "Quand ma mère, venue de l'empire Russe, arrive à Paris, et que l'instituteur garde le soir les enfants immigrés et leur fait des cours supplémentaires parce qu'il veut que ces enfants puissent bénéficier de l'éducation républicaine le plus vite possible, ma mère répétait ce qu'elle avait appris, le soir chez elle à des immigrés qui écoutaient respectueusement". 

  • Légende du visuel principal: Robert Badinter et Peggy Kilhoffer dans les studios de France Inter © Radio France / Stéphanie Boutonnat
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