Cécile Coulon, romancière et poétesse, auteure de "Seule en sa demeure" (L’Iconoclaste), est l'invitée de 7h50.

Comment se retrouve-t-on à écrire son premier livre à 16 ans, comme elle l'a fait ? “Mes parents me racontaient des histoires à haute voix, puis quand j’ai commencé à lire j’étais boulimique de bouquins. Et j’ai eu beaucoup de chance : j’ai eu des professeurs qui m’ont lue, qui m’ont critiquée, qui m’ont corrigée. Et puis j’ai rencontré un éditeur à Clermont-Ferrand, qui montait sa boîte, et nous avons cheminé ensemble pendant trois ans.”

Y'-t-il aujourd'hui un retour en grâce de la poésie ? “On a toujours eu beaucoup besoin de poésie, et en 2021 particulièrement. Parce qu’on a besoin qu’on nous dise les choses essentielles, fondamentales, avec un minimum de beauté. Remettre un peu d’esthétique, un peu de pause poétique dans des informations qui ne cessent de nous arriver. À un moment donné, on prend 30 secondes, 1 minute, 10 minutes pour que quelqu’un nous décrive ce qu’on a devant les yeux et qu’on a oublié de regarder.”

“J’ai commencé sur Facebook avant de publier de la poésie papier : depuis huit ans, tous les trois jours, je mets un poème sur Facebook, et tous les deux jours sur Instagram.”

Aujourd'hui, la jeune autrice passe au roman, en alternance avec la poésie. “Le roman c’est mon travail, un travail long : écrire un roman c’est comme courir un marathon. Et il faut être en forme, nourri, être là. La poésie, c’est de la fulgurance, c’est du débordement ; et je crois que mon âme déborde très tôt le matin ou très tard le soir.”

“Ce que j’ai voulu faire, c’est un polar poétique, emmener la lectrice ou le lecteur très loin, très vite, tout en disant qu’au milieu de cette envie de connaître la fin, qu’on ait des moments sur le lieu, sur la forêt, sur le désir, où l’on se dit : je suis à la fois dans le corps d’Aimé et dans son angoisse. Moi j’ai été marquée par Barbe Bleue, par Maupassant, par les Hauts de Hurlevent, où à la fin on vous raconte des choses terribles, violentes, d’une cruauté sans fin envers les femmes, les hommes, les animaux, et où on a ces lieux qui viennent tout manger et tout protéger.”

Pourquoi une telle importance du lieu dans ses histoires ? “Mon lieu d’écriture, c’est le personnage principal. J’ai envie qu’on déplace le point de vue. J’ai pas envie d’avoir des personnages qui vont détériorer ou modifier l’environnement, mais que ce soit l’inverse : des personnages façonnés, éduqués, prisonniers de l’endroit. Montrer l’influence d’une montagne, d’une forêt, d’une colline, sur le comportement et les mots.”

“La littérature de fiction, c’est une façon de dire : c’est toujours un peu plus compliqué que ça. Pas pour expliquer les personnages, mais pour tourner autour de ce qu’ils sont.”

  • Légende du visuel principal: Cécile Coulon © AFP / Céline Villegas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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