Le politologue Pascal Perrineau, qui vient d'être nommé parmi les "garants" du grand débat, est l'invité du grand entretien. Il fait le point sur l'avancée des réunions et l'indépendance de cette vaste opération.

Pascal Perrineau, politologue et professeur à SciencesPo, fait désormais partie du collège de cinq garants désignés pour assurer l'indépendance du grand débat national. Mais à quoi sert ce collège ? "On observe d’abord dans un premier temps, nous sommes régulièrement sur le terrain dans les débats locaux (...) Ensuite nous interrogeons la mission du grand débat national, qui est l’administration qui s’occupe de gérer ce débat", explique-t-il.

Quelles sont ses premières impressions sur les débats ? "On a des citoyens de base du pays, parfois des gens dont on sent qu’ils n’avaient jusqu’alors pas pris la parole. Et que dans cet espace ils se mettent à prendre la parole. Déjà dans les manifs des "gilets jaunes" il y avait beaucoup de primo-manifestants. Là, il y a des primo-parlants", explique-t-il, se félicitant par ailleurs du fait que des propositions ressortent également de ces débats. 

"Ce débat n'est pas seulement le vecteur d’expressions diverses et variées, c’est également un stade où on commence à élaborer, en groupe, des propositions", explique-t-il. "La mission du grand débat a émis une série de questions fermées", rappelle-t-il, expliquant que le collège des garants a émis des réserves quand à cette présence de questions fermées : "Commençons plutôt le questionnement par des questions ouvertes". 

Comment garantir réellement l'indépendance d'un débat coordonné par deux ministres du gouvernement ? "Ce grand débat national est organisé par l’Etat. On peut espérer qu’il ait une certaine indépendance. Le gouvernement est à la manœuvre, bien sûr, il y a deux ministres qui ont en charge l’organisation matérielle de cette affaire. Mais la prise de parole des français est libre, je vous assure. Pour avoir regardé les cahiers de doléances qui vont systématiquement être transformés en données dans les préfecture sous contrôle d’huissier… nous avons demandé, nous les garants, à ce que tout remonte, absolument tout, pas seulement les réponses au questions du gouvernement", dit-il. 

Restera à définir comment analyser et restituer cette masse de données : au traitement humain sera certainement mêlé un traitement par une intelligence artificielle, explique Pascal Perrineau, tout en reconnaissant que sur le terrain "cela suscite un énorme scepticisme, une certaine méfiance". "Il y a différents instruments que l'on connait déà comme la lexicométrie qui pourront être utilisées" pour donner aux décideurs des clés d'interprétation.

Selon Pascal Perrineau, "le grand débat national doit aboutir à une cartographie claire des grands thèmes qui se seront mobilisés. Elle est ensuite mise à la disposition de celles et ceux qui vont faire la loi, prendre des décrets, des décisions. Nous pouvons avoir l’idée que ce processus de démocratie citoyenne pourrait continuer". 

Suite à la question d'un auditeur "gilet jaune" qui a été médiateur d'un débat au milieu d'autres médiateurs qui étaient tous militants LREM, Pascal Perrineau explique : "Et puis, les 2700 réunions sont annoncées sur le site : on a toujours l’organisation qui a pris l’initiative du débat. Bien sûr, si à Vincennes c’est un député LREM qui a pris l’initiative, c’est normal qu’il y ait une surreprésentation de militants". Quant à la participation des ministres du gouvernement, il ajoute : "J’ai été voir si les événements auxquels ont participé des hommes et femmes du pouvoir étaient inscrits parmi les 2700 réunions, eh bien non, c’est une autre affaire : ça poserait problème si un quart de ces réunions deviennent des opérations de communication".

  • Légende du visuel principal: Pascal Perrineau © AFP / BERTRAND GUAY / AFP
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