Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur, auteur de "Le Séparatisme islamiste. Un manifeste pour la laïcité" (Éditions de l’Observatoire), est l'invité du Grand entretien de France Inter.

Pour Gérald Darmanin, il y a un "constat que chacun peut faire depuis 25/35 ans : la République est moins présente dans les faits, dans les têtes". "Et les citoyens cherchent la chaleur d’une communauté, c’est naturel, c’est ainsi que nous sommes faits. Il y a des idéologies très puissantes, comme aujourd’hui l’islamisme politique, qui est extrêmement puissant. Et c’est un danger pour la conception que nous avons de la République française."

"Ce qui fait tenir des populations en difficulté sociale, professionnelle, territoriale, c’est le fait que ses enfants vont avoir une vie meilleure que la sienne", explique le ministre de l'Intérieur. "Or le basculement d’une partie de la société vient du fait que des gens se disent : “Mes enfants n’auront même pas une vie meilleure que la mienne.”  On est prêt à subir les difficultés de la vie si l’on se dit que ses enfant iront à l’école de la République, trouveront un boulot et pourront cesser d’être assignés à résidence pour avoir une vie meilleure. Tous les parents de quartiers populaires ont connu ça, et aujourd’hui pour la première fois depuis 15 ou 20 ans, les parents de ces quartiers ne se le disent plus forcément."

"Le dédoublement des classes, c’est une promesse extraordinaire, mais qui portera ses fruits dans 10 ou 15 ans."

Il rappelle les principes de la République : "Qu’en France, on puisse sa religion comme on l’entend, exprimer ses opinions publiques comme on le souhaite, se présenter à des élections, manifester, écrire, parodier, caricaturer sans craindre pour sa vie… Qu’on puisse à la fois avoir la foi de ses origines et un avenir commun, qui n’est fondé ni sur la race ni sur les opinions politiques, mais sur l’idée qu’on veut être une communauté nationale fière de son Histoire, même quand on ne l’a pas faite, pour construire un avenir demain, c’est ça la beauté de la République."

"Il faut aussi se faire à l’idée qu’il faut défendre notre conception de la laïcité, des institutions, de la liberté d’expression. Et on voit bien qu’on est attaqués à la fois par les islamistes, mais aussi par une partie des anglo-saxons : nous ne défendons plus notre modèle, et le président de la République est bien seul à le faire."

Gérald Darmanin assume que "la laïcité seule ne fait pas rêver". "C’est un des principes qui nous aide à aller mieux. La laïcité à la française, c’est trois choses : la liberté de culte (permettre à chacun de pouvoir croire ce qu’il veut), la pluralité religieuse (l’État ne reconnaît aucun culte), et la neutralité de l’État et de ses agents. Régis Debray a raison : ce principe de laïcité, essentiel pour faire fonctionner la République française, n’est pas le seul. Le principe de liberté ou d’égalité apporte bien plus de transcendance."

D'où ce projet de loi, à l'origine "contre les séparatismes", désormais "pour conforter les principes de la République". "C’est un projet de loi extrêmement important, qui fait naître des débats. Nous ne voulons pas la fausse naïveté d’une certaine gauche, qui considère qu’il n’y a pas de problème. Ni d’une certaine droite qui pousse à l’hystérie, qui veut en faire encore plus que quand ils étaient au pouvoir. Les dispositions que nous prenons, nous aurions dû les prendre bien avant ! Cette hystérie risque de pousser vers les islamistes tous les musulmans qui respectent parfaitement les lois de la République. Ceux qui souhaitent absolument prendre des mesures encore plus dures, encore plus difficiles simplement pour se refaire la cerise politique, sont les idiots utiles des islamistes."

"J’ai essayé de faire comprendre aux parlementaires que nous ne sommes pas dans un texte qui vise à supprimer les expressions religieuses. Le président de la République est conforme à la grande tradition de la loi de 1905 : la religion n’est pas l’ennemie de la République ; les expressions religieuses, qui peuvent passer par le vêtement, ne sont pas les ennemies de la République."

"Les femmes qui portent le foulard peuvent être parfaitement républicaines"

Sur la question du voile, Gérald Darmanin assure que "notre ennemi, il est idéologique, il ne relève pas de l’immigration (les 3/4 des attentats sur notre sol ont été commis par des Français), ni propre à une religion. Bien sûr aujourd’hui c’est l’islam, dévoyé par l’islamisme, qui a fait une OPA sur la religion, et bien sûr que les vêtements religieux peuvent être le paravent d’une certaine idéologie. Mais les femmes qui portent le foulard peuvent aussi être parfaitement républicaines : la mère de ce soldat français tué par Mohamed Merah, je vais lui dire de retirer son foulard à la boulangerie ? Ce serait insultant."

Il maintient : "Nous combattons l’idéologie islamiste, mais nous devons donner à donner à tous les musulmans qui respectent les lois de la République l’entièreté de leur liberté, notamment l’expression religieuse."

Gérald Darmanin précise aussi ce qu'il veut veut dire quand il parle d'attaques par "les anglo-saxons" sur la question de la laïcité : "Les anglo-saxons n’ont jamais eu la même conception que les Français de ce que devait être la communauté nationale. C’est d’ailleurs pour ça que nous avons des modèles différents. Ce qui est inquiétant, c’est qu’une partie des élites françaises disent que les anglo-saxons ont peut-être raison, qui ne défendent plus l’idée de ce qu’est la France. La France n’a jamais contractualisé avec des communautés, ce que font les anglo-saxons. Nous, nous pensons que les individus viennent libres, qu’importe leur couleur de peau, leur religion, leur origine : à partir du moment où vous voulez être Français, en respectant les lois de la République, nous vous accueillons."

"Nous discutons de ce sujet pour les Français, mais aussi pour des tas de gens, dans des tas de pays, peut-être d’ailleurs sous le joug des islamistes, et qui écoutent ce qu’est la grandeur française."

"Toutes les religions avant l’islam ont connu une crise : les catholiques, les protestants, les juifs ont connu ce travail où l’État a forcé la sécularisation. Il doit y avoir des mosquées en France, et des ministres du culte, mais ils ne doivent pas être payés par des États étrangers. À travers la religion, certains États comme la Turquie font de la politique. C’est pour ça que le président de la République a été courageux, en disant que les musulmans de France sont des Français et n’ont de comptes à rendre qu’aux Français, et pas aux autres."

Non-respect du couvre-feu : un commissaire suspendu

Sur le respect des mesures de restriction Covid, Gérald Darmanin dit avoir demandé au directeur de la police nationale la suspension d'un commissaire de police du sud de la France, soupçonné de s'être rendu dans un restaurant clandestin. "Les Français doivent respecter le couvre-feu, et il y a un devoir d'exemplarité de tous."

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  • Légende du visuel principal: Gérald Darmanin © AFP / STEPHANE DE SAKUTIN / POOL / AFP
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