Xavier Dolan, réalisateur, est l'invité du grand entretien d'Ali Baddou et Léa Salamé à 8h20 pour la sortie de son film "Ma vie avec John F. Donovan".

Xavier Dolan
Xavier Dolan © Radio France / Anne Audigier

Dans son nouveau film, "Ma vie avec John F. Donovan", Xavier Dolan livre une vision critique de l'univers d'Hollywood. Comment lui, acteur et réalisateur, le perçoit-il ? "Comme avec toute chose on a un rapport amour-haine. J’aime beaucoup le show business mais ce n’est pas le milieu dans lequel je m’épanouis forcément : je suis sur un plateau de tournage, je ne suis pas nécessairement à Hollywood, au cœur de cette industrie qui contient toutes ces controverses, ces contradictions". Le film, qui aborde les difficultés pour un jeune acteur de vivre son homosexualité à Hollywood, se déroule en 2006 : "Est-ce que vraiment ou non depuis 2006 les choses ont évolué ? Sur le papier il y a cet Hollywood libéral, qui veut embrasser la différence, mais en profondeur ? Les décideurs n’ont ils pas l’intention profonde que les choses ne changent vraiment pas (...) Si Chris Evans, qui joue Captain America, se présentait au bras d’un homme sur un tapis rouge, ça provoquerait un séisme chez Disney et chez le public qui est si cher à Disney, un public plus étroit d’esprit qui a des idéaux masculins beaucoup plus conservateurs, pas du tout aligné à ces nouvelles idéologies hollywoodiennes de fluidité des genres", explique-t-il.  

"Bien-sûr qu'on peut faire son coming-out à Hollywood. Mais est-ce que l'opportunité et l'offre changent en fonction de ce besoin d'être soi-même ? Je crois qu'oui. La question que j’essaie de poser avec le film, c’est est-ce qu’on peut vivre notre vie personnelle et professionnelle avec intégrité et que les deux puissent s’amalgamer sans s’entrechoquer", explique-t-il.  

Est-il possible de ne pas mentir, de ne pas "se" mentir, dans une époque où via les réseaux sociaux, chacun renvoie l'image qu'il souhaite ? "C'est un défi : sur Instagram on inspire les gens à être qui ils sont. Mais ils sont exactement tous et chacun… il n’y a aucune personnalité propre, tout le monde est la même personne, les influenceurs", explique-t-il, rappelant qu'il a récemment quitté Twitter. "J’en avais marre des débats qui ne veulent rien dire et qui me pétaient les couilles sur des notions artificielles, et surtout une démagogie constante, juste des anonymes qui veulent se quereller entre eux sur tout et rien. Il n’y a aucun débat possible avec les détesteurs sur Twitter".  

Dans son film, il met en scène un enfant en admiration totale pour le personnage de John Donovan. "Jusqu'où peut-on suivre, aimer quelqu’un qu'on n'a jamais rencontré et qu'on ne connaît pas", c'est la question qu'il pose. "A 8 ans j’étais complètement fan, j’étais très accroché dans la fiction davantage que dans la réalité, je suivais des feuilletons comme Roswell et Buffy, j’écrivais des lettres aux acteurs et aux actrices du feuilleton, c’était pour moi une échappatoire. Mais cette obsessivité n’était pas lugubre, c’était quelque chose qui me rendait profondément heureux". Aujourd'hui ses films montrent un changement de cap, où la figure féminine est moins présente : "La figure féminine demeure extrêmement inspirante pour moi, mais n’est plus nécessairement centrale. Dans mon prochain film par exemple, on suit un groupe d’hommes".  

Xavier Dolan pourrait-il tourner pour Netflix ? Oui, mais pas à n'importe quel prix, explique-t-il, rappelant l'importance pour lui de la salle de cinéma. "C’est peut-être mon romantisme qui est suranné, mais je trouve que c’est essentiel de partager un film en salles. Pour moi c’est une condition sine qua non, si un film ne sort pas en salles, si on ne peut pas regarder des choses ensemble, se reconnaître, se regarder, juste regarder un inconnu, entendre quelqu’un rire ou s’émouvoir à côté de nous, on perd quelque chose d’essentiel d’un point de vue sociétal. C’est un lieu de communion et un lieu vers lequel on retourne. Il faut que ça continue à exister", dit le réalisateur. "Pour moi, la notion de cet empire qui vient acheter des noms, acheter sa position, repose surtout sur une toute puissance pécuniaire plutôt qu’un intérêt artistique pour les créateurs", ajoute-t-il.  

"Le film parle d'espoir, d'une génération : au fond ces sacrifices faits par des gens qui ont tout perdu ont fini par inspirer une génération qui elle veut vivre dans son intégrité. La question c’est est-ce qu’Hollywood veut lui offrir une plateforme où elle pourra s’épanouir ?", se demande-t-il enfin.  

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