Lionel Naccache, neurologue et professeur à la Pitié-Salpêtrière, est l'invité de la matinale de France Inter.

Le neurologue et professeur à la Pitié-Salpêtrière Lionel Naccache est l'invité de la matinale de France inter pour son livre Parlez-vous cerveau ? (Odile Jacob). Après le succès du cycle de conférences "Bien vivre ensemble", il inaugurera avec Mathieu Vidard une nouvelle série de conférences sur le cerveau, le mardi 6 novembre à 20h au studio 104 de la maison de la radio ("Les secrets de notre mémoire").

S'il reconnait qu'il y a un "phénomène de mode" autour des neurosciences, il évoque le risque "qu'il y ait de grandes questions métaphysiques qui vont se cristalliser sur de potentielles sources de réponse et pourraient faire basculer vers une forme de scientisme : à quel point va-t-on essayer de trouver dans les neurosciences la réponse à tous les problèmes ?" Dans l'éducation, par exemple, il explique qu'en cas de conflit entre les professionnels et le pouvoir politique "la meilleure façon de répondre c'est d'être le moins arbitraire possible, et c'est là que les neurosciences peuvent être intéressantes". 

Le premier cycle de conférences autour de La Tête au Carré sera consacré à la mémoire. "_C’est une grande question, tout le monde s’y intéresse, de façon générale mais aussi pour des questions d’inquiétude_, mais au delà de ce strict thème, ça permet de savoir pourquoi il faut s’intéresser au fonctionnement du cerveau". "On part d'une définition, on passe par le cerveau et on revient avec une définition différente", affirme-t-il. 

"En étudiant comment la mémoire s'inscrit dans le cerveau, vous allez découvrir qu'il n'y a pas un système de mémoire, mais qu'il y a plusieurs formes de mémoire". 

Qu'est-ce que le trou de mémoire ? "Vous entrez dans le circuit de la mémoire, vous vous rendez compte qu'il y a trois mécanismes, trois grandes étapes, chacune peut être perturbée (...), en général quand on cherche un mot sur le bout de la langue, le meilleur moyen c'est d'abord de le chercher, et ensuite de passer à autre chose". 

Comment fonctionne le cerveau ? Certainement pas de façon autonome : "Le cerveau, dans un bocal, ne fait rien : pour comprendre son fonctionnement , c’est un organe qui est en permanence branché avec le corps dans lequel vous êtes, mais aussi le corps social. Un événement comme la Toussaint permet de mettre à jour la richesse et l’importance de l’activité de votre cerveau. Tout ça ce n’est pas enfermé dans votre cerveau, il doit être capable d’être en interaction, il faut être capable d’empiler plusieurs couches, du neurone jusqu’à la mémoire de la société". 

Dès lors que vous n'avez pas vécu un événement à la 1ère personne, vous ne saurez jamas ce que c’est, ce qui ne vous empêche pas de vous y intéresser. La démarche d’historien ou de citoyen, c’est d’essayer de se représenter cette histoire.

Lionel Naccache évoque également la dissonance cognitive, qui selon lui "joue un rôle plus important dans les phénomènes extrêmes de cruauté, dans les grands massacres". "En gros, tout le monde a l’idée que nous prenons nos décisions en fonctions de nos valeurs. C’est vrai, mais il existe aussi le phénomène inverse : une fois que vous commettez une action, si celle ci contrevient à vos valeurs, vous avez une dissonnance musicale, mais comme ce que vous avez fait, vous l’avez fait, soit vous l’oubliez, soit vous glissez de manière subtile vos valeurs. Le cerveau, la psychologie, s’adapte".

Vous prenez des gauchistes de Berkley des années 60, vous leur demander d’écrire pendant cinq heures une dissertation sur la peine de mort, à la fin ils vous disent que la peine de mort c’est plus complexe que ça… 

Selon lui, le cerveau est une "machine à produire du sens". Comment ne pas continuer à perdre la mémoire ? "La première chose", dit-il en mettant en avant la co-existence de plusieurs types de mémoire, "c'est de comprendre l'origine des troubles de la mémoire : il y a déjà un changement physiologique qui fait que la mémoire se transforme, et puis il y a des effets de médicaments, etc".

Le cerveau est-il la seule source des maladies dégénératives comme Parkinson ? Pas forcément : "On connait beaucoup de choses, mais on ne connait pas le fil du mécanisme exact. Il y a plusieurs pistes, l’appendice en est un. Ça pourrait nous emmener loin, il y a des facteurs toxiques, certains pesticides, qui ont été mis en cause".

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Lionel Naccache © Radio France / Christophe Abramowitz
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