Thierry Breton, commissaire européen pour le marché intérieur, est l'invité du grand entretien de Nicolas Demorand et Léa Salamé à 8h20.

Thierry Breton
Thierry Breton © AFP / Dursun Aydemir / Anadolu agency

"Oui l’Europe sera au rendez-vous", assure Thierry Breton, qui rappelle : "L’Union Européenne n’a pas de pouvoirs de santé, les États-membres ont l’autorité intégrale sur ce sujet. Mais il y a trois semaines, on a enfin décidé que l’Europe soit chargée de coordonner, d’avoir une vision globale sur l’ensemble du territoire."

"La vision, la coordination, elles sont là, on l’a vu avec l’arrivée des équipements de protection. Il faut évidemment pouvoir anticiper les besoins des uns et des autres : c’est dans ce sens que nous avons mis en place des instruments pour anticiper les pics par région, c’est très important parce que c’est ce qui permet de rediriger les produits et équipements lorsque les pics arrivent."

"Aucun pays, aucun continent ne sortira seul de cette crise"

Pour le commissaire européen, "la solidarité, c’est le maître-mot dans cette crise". "La solidarité européenne fonctionne : lorsqu’il y a eu besoin d’équipements, on les a envoyés. La France et l’Allemagne ont envoyé plus de masques à l’Italie que la Chine. C’est ce qu’on fait aussi pour l’ensemble des médicaments."

"Aucun pays n’a prévu cette crise, aucun pays n’y était préparé", explique Thierry Breton. "La Chine nous a appelés à l’aide au mois de janvier, on lui a livré 56 millions de tonnes de médicaments ! Maintenant que l’Europe est l’épicentre, aucun pays en Europe n’était préparé. Cette pandémie elle est mondiale, on ne la vaincra qu’ensemble et au niveau planétaire. Aucun pays, aucun continent ne sortira seul de cette crise : on ne s'en sortira que parce qu'on se bat solidairement tous ensemble."

Est-ce qu’on aura tiré les leçons pour une éventuelle prochaine pandémie ? "Je le dis très clairement : dans les mois qui viennent, l’objectif c’est d’être autosuffisants en production de matériel de protection des personnels de santé", assure le commissaire européen. "Pour les instruments aussi critiques que les respirateurs artificiels, j’ai pris contact directement avec les principaux acteurs industriels : ils ont converti en quelques jours des chaînes de production pour fabriquer ces instruments. Il s’agit aussi de permettre, lorsque les pics seront derrière nous, à nos concitoyens européens d’être équipés pour retourner au travail."

Des plans de relance "pour 10 % du PNB, c’est-à-dire 1.600 milliards"

Pour lui, dans cette crise, d'un point de vue économique, "l’Europe a réagi extraordinairement rapidement, en moins d’une semaine. Elle a levé toutes les barrières qui interdisaient aux États d’intervenir directement dans les entreprises, elle a aussi levé le pacte de stabilité : je rappelle qu’il avait fallu un an et demi pour la crise de 2008 ! Chaque État a pu parer au plus pressé, s’assurer que les PME aient la trésorerie pour passer cette crise."

"Enfin, chaque État-membre a été invité à mettre sur la table un plan très rapidement pour relancer l’économie et les services après la crise", annonce Thierry Breton. "Ces plans sont sur la table, ils représentent des montants considérables. Dans les jours qui viennent, chaque pays va présenter son plan, on va faire la comptabilisation. Je pense qu’il y en aura à peu près pour 10 % du PNB, c’est-à-dire 1.600 milliards."

Plus largement, il estime qu'il y a une prise de conscience : "Nous avons constaté que la globalisation était allée trop loin. Cette crise est aussi un accélérateur et oui, certainement, on va reproduire, relocaliser des chaînes de production de médicaments essentiels."

"Je suis convaincu que le monde d’après sera totalement différent : les comportements sont différents, on voit les drames dans lesquels l’individualisme nous a conduits. Je vois l’importance de la solidarité, y compris des entreprises entre elles qui se considéraient comme des ennemis et qui maintenant collaborent entre elles."

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