François Ruffin, le député La France Insoumise de la Somme, est l'invité du Grand entretien de la matinale.

Que pense-t-il du fameux article 24, qui va être "réécrit" ? "Ce que je ne comprends pas, c’est qu’au printemps on a eu l’affaire Cédric Chouviat, un livreur ordinaire qui décède lors d’un contrôle d’identité. Et ce qui a permis à cette affaire d’exister dans l’espace public, ce sont les téléphones qui la filment. Moi, j’attendrais de l’histoire de la police ces dernières années, avec les gilets jaunes, d’autres réactions, d’autres réformes que d’interdire de filmer. C’est à côté de la plaque."

Pour le député, interdire la "diffusion malveillante" c'est interdire de filmer dans les faits. "Une fois qu’on dit que la diffusion est interdite... Sur le terrain les policiers ne sont déjà pas bienveillants quand on les filme, et ça se serait traduit en une interdiction de filmer. Il y a un concept qui devrait être au cœur de la police, c’est le concept de redevabilité : à qui la police rend compte. Aujourd’hui, elle ne rend pas compte devant le Parlement, elle rend peu compte devant la presse, elle ne rend pas compte devant une institution indépendante. La seule redevabilité externe aujourd’hui, c’est par ces petits téléphones, pas par l’IGPN ou au ministère de l’Intérieur qui protègent l’institution."

"On n’a pas envie que son nom, son adresse circule sur les réseaux sociaux, qu’on soit journaliste, enseignant ou policier", reconnait François Ruffin. "Moi je veux poser la question de ce qu’on veut faire la police, quel est son but. Depuis deux ans, il n’y a pas un ministère qui vient guider la police, on la suit. Ce que je pose comme but central de la police, c’est de la former pour rétablir de la confiance avec le citoyen, une confiance qui s’est brisée dans la durée dans les quartiers populaires, et qui plus généralement s’est érodée en France pendant la crise des gilets jaunes."

"Aujourd'hui, il n'y a pas de cap à la police"

Pour lui "si on veut une réforme de la police dans ce pays, il va falloir la porter dans la durée. Le mois dernier dans ce budget, j’ai posé centralement la question de la formation de la police, et on se moquait de moi. Mais à quoi on forme ? Pour moi le métier de policier est avant tout un métier relationnel, établir des relations correctes avec le citoyen. Or aujourd’hui, ce que montrent les sociologues, c’est qu’il y a une incapacité à créer ces relations : les policiers ne sont pas formés à ça, ils sont formés à du technique et à du juridique !"

"Aujourd’hui, il n’y a pas de cap à la police : les derniers ministres à en avoir donné un, c’était Jean-Pierre Chevènement avec la police de proximité, et Nicolas Sarkozy avec la police du chiffre et du résultat immédiat."

"Le point central de la police doit être d’instaurer de la confiance avec le citoyen."

Il cite par exemple "la place du contrôle d’identité dans la police française. Quand on compare à l’international, elle procède à beaucoup plus de contrôles d’identité, encore plus sur les minorités que les pays qui nous entourent. C’est vécu par la police comme un acte banal, or pour les citoyens qui le vivent c'est pas un acte banal."

Sur la question des migrants, malmenés de camp de fortune en camp de fortune en France, François Ruffin estime qu'il y a "un devoir d’humanité à avoir, mais ce qu’il faut revoir avant tout ce sont les accords de Dublin". "Je suis favorable au retour des frontières sur capitaux, marchandises et personnes, y compris pour les Européens du Nord ! Je pense qu’il faut poser des limites à la circulation tous azimuts des personnes. Les frontières ne sont pas quelque chose de négatif, elles permettent de se construire aussi."

"Par temps de crise sanitaire, mener une campagne va être compliqué"

Il estime également qu'il est encore trop tôt pour parler de présidentielle. "Moi, j’ai pas envie d’être centré sur les questions de présidentielle, que la vie des grands remplace la vie des gens, je veux continuer à être le porte-parole des sans-voix. À la dernière présidentielle, j’étais petit reporter en Normandie : pour celle-ci, je me suis imposé dix commandements, le premier c’est de me taire jusqu’à l’été. Pour l’instant, c’est : des gens tu parleras."

"On a un devoir qui est de tout faire pour ouvrir un chemin entre l’extrême-droite et l’extrême-argent, donc on fera ce qu’on peut."

"2022 c’est loin, Jean-Luc Mélenchon est la personnalité de gauche qui est la plus populaire,  je comprends qu’il parte tôt parce que par temps de crise sanitaire, mener une campagne ça va être compliqué", explique le député. "Mais il nous reste un an et demi à vivre avant la présidentielle, moi je veux pendant les six mois à venir porter la voix des femmes de ménage, des auxiliaires de vie sociale, des assistantes maternelles, des livreurs, des caissières… Je ne vois rien de fait envers tous ces métiers-là pour les reconnaître davantage."

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  • Légende du visuel principal: François Ruffin, député de la France Insoumise © Maxppp / IP3 / Vincent Isore
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