Emmanuel Carrère, écrivain, auteur de "Yoga" (P.O.L.), est l'invité du Grand entretien de France Inter.

Alors qu'Emmanuel Carrère publie ce mois-ci "Yoga", son nouvel ouvrage en forme de témoignage d'un apprentissage mais aussi de la douloureuse expérience d'une dépression, l'écrivain confie : "Je ne crois pas à la sérénité à plein temps, on fait du yoga avec ce qu'on est". Dans ce dernier roman largement teinté de sa propre vie, Carrère raconte aussi l'épisode de son nécessaire internement hospitalier : "Y a pas de plaisir à écrire ça, l'une des expériences les plus cruelles de ma vie. Ç'a été quelque mois, voire quelques années où l'on a l'impression de tomber dans un puits sans fond. C'était pas une partie de plaisir à raconter".

Emmanuel Carrère confie, à travers cette discipline qui se pratique au travers de l'apprentissage de la respiration, qu'il a justement du "mal à expirer" : "On s'approche tous de notre mort. Expirer, c'est mourir. Il serait temps de se rendre, d'expirer, de mourir constamment. C'est ce qu'on appelle lâcher prise."

En janvier 2015, l'écrivain participe à une retraite de yoga, loin de Paris, et ne sera pas averti, comme tout son groupe, des événements dramatiques qui se déroulent dans les locaux de Charlie Hebdo, dans lesquels se trouve Bernard Maris, avec qui Emmanuel Carrère est en train de se lier d'amitié. Ils étaient alors coupés du monde : "Une retraite yoga, c'est aussi se tourner vers soi pour déboucher sur une espèce de dehors. Ça me parait intellectuellement légitime et en même temps [dans ce cas précis, ndlr] je trouve ça ahurissant."

L'écrivain est aussi revenu sur le diagnostic de sa bipolarité : "C'est une espèce d'exacerbation de quelque chose qu'on expérimente tous, des fluctuations de l'humeur. La bipolarité, les hauts sont plus haut, les bas sont plus bas, on passe de l'un à l'autre, et celui qu'on a été, l'autre, devient votre ennemi".

"Je ne crois pas possible d'échapper à cette angoisse existentielle, qui existe chez tous. Ce qu'on peut faire, c'est au moins la décrire."

  • Légende du visuel principal: Emmanuel Carrère, Paris, août 2020 © AFP / Damien Grenon
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