Éric Piolle, maire EELV de Grenoble, est l'invité du Grand entretien de France Inter. Il évoque le projet de loi "confortant les principes de la République", la question du trafic de drogue et de la délinquance, et la crise du Covid.

“Il y a une fracture qui anime le gouvernement : est-ce qu’il faut faire une nouvelle loi sur la laïcité simplement parce que les gouvernements successifs ont négligé les lois précédentes ?", interroge le maire de Grenoble. "Notre loi de 1905, comme celle de 2004 sur la neutralité à l’école, a pris le temps. Là, il y a une précipitation, qui est inquiétante sur des sujets aussi majeurs. Enfin, on n’y retrouve absolument pas l’esprit du discours des Mureaux, qui était un peu balancé : là, il n’y a que la dimension de répression. Ça donne une couleur particulière à ce texte.”

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Il y voit toutefois quelques mesures intéressantes, comme “le contrôle des financements”, ou “le toilettage des peines” liées à la loi de 1905... Mais pour lui, “l’arsenal juridique d’aujourd’hui n’est pas appliqué. C’est ça qui me frappe : en France, on a tendance à faire de nouvelles lois pour camoufler l’absence d’action dans le cadre des lois précédentes. Et là, on ne retrouve absolument pas ni les questions de mixité sociale, ni les questions de lutte contre les discriminations. Donc évidemment, les musulmans se sentent ciblés, comment pourrait-il en être autrement ?”

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"Lutter de façon politique, pas par la loi"

Quelle est sa position sur la question de la laïcité ? “Je suis conforté dans le travail profond que je mène depuis des années autour des textes fondamentaux, des débats avec Aristide Briand autour de la loi de 1905, autour de cette liberté de conscience fondamentale et de la pression pour exercer ou ne pas exercer le culte. “Séparatisme”, normalement c’est une séparation géographique : là, on est juste face à une religion qui revient en politique. À un moment où en France de plus en plus de monde se déclare non-croyant, ça peut heurter, ça nous interpelle !“

“Il n'y a pas de séparatisme, mais une volonté de faire confusion de la religion, des modes de vie, de la culture et du champ politique. On lutte contre ça de façon politique, pas par la loi ! Par la loi, on lutte contre le terrorisme, et pour le reste on se donne un cadre.”

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“Plutôt que de fracturer, il nous faudrait aller vers un Beauvau de la confiance", propose Éric Piolle. "Sortir de l’impunité. Il y a une sorte de malédiction sur Beauvau depuis le passage de Nicolas Sarkozy en 2002 : on regarde d’abord l'aspect financier, pas la question de la protection de la société. Nous avons 59 % de récidive à 5 ans : ça veut dire que notre prison ne nous protège pas, on ne réinsère pas les détenus. Il faut donc lutter contre l’impunité : sur les violences faites aux femmes et aux enfants, les dealers qui prennent place dans l’espace public, les quelques-uns qui en uniforme pratiquent les violences policières sans être inquiétés par leur hiérarchie, l’évasion fiscale, etc. Il y a un vrai travail de réconciliation et de confiance à faire.”

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"Aucun maire ne pense que c’est aux polices municipales de chasser les dealers"

Que répond-il à Marlène Schiappa qui l’accuse de “soumission” face aux dealers dans sa ville ? “Le président de la République devrait tenir ses ministres: aucun ministre ne peut parler comme ça d’un élu local, quel qu’il soit. J’ai déjà eu des soutiens très forts de François Baroin et d’autres. Les 4.000 points de deals en France ne doivent pas être négligés, il y a une politique de laxisme : on a vu les mêmes situations à Paris ! En France parmi les maires, personne ne pense que c’est aux polices municipales de chasser les dealers, c’est une fonction régalienne.”

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Sur la question d’une police municipale armée, il s'insurge : “Mais quel est le rapport ? Vous avez déjà vu des policiers poursuivre des dealers les armes à la main ? Nous sommes sur des problèmes de sécurité, la police nationale est responsable de ce travail. De mon point de vue, Gérald Darmanin les met à nouveau dans une situation d’échec avec le retour de la politique du chiffre. C’est là-dessus qu’il faut travailler !”

“Sur le cannabis, notre politique est la plus inefficace et la plus répressive d’Europe !”

“Aller, à chaque fois qu’il y a un fait divers, dire “ça ne se reproduira plus”, et puis ça se reproduit chaque semaine… Ça met en scène l’impuissance de la République face au trafic de drogue.”

"La démocratie sanitaire est fondamentale !"

Sur la crise du Covid, il dit ne pas souhaiter commencer les décisions, mais critique le fonctionnement général. “Ce que je trouve désastreux, c’est que finalement nous sommes suspendus à la parole présidentielle tous les jours. Certains font un peu de teasing, on essaie de lire comme les prêtres grecs dans les entrailles des déclarations des différents ministres… Tout cela est aberrant : le problème de base, c’est qu’Emmanuel Macron ne fait pas confiance aux Français. La démocratie sanitaire est fondamentale ! Nous savons déjà que nous vivrons d’autres crises : entraînons-nous et faisons en sorte de définir une société plus robuste.”

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“Ce qui me frappe, c’est que la jeunesse a été la grande oubliée de cette crise Covid", regrette-t-il. "Sur la détresse psychologique des étudiants, un sur trois était en état dépressif avant Noël, il y a des choses à rattraper. Il faut des cellules d’aide psychologique : on est à moins d’un psychologue pour 30.000 étudiants en France, contre un pour 1.500 aux États-Unis. Tout cela doit se faire aussi en faisant confiance aux acteurs locaux. Comment peut-on décider d’une règle administrative pour tous depuis un bunker à Paris ? Les profs savent comment ils peuvent s’organiser, plutôt qu’une même règle aberrante pour tout le monde.”

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“J’étais extrêmement en colère, choqué, au début de la crise, d’abord par le retard français" dans cette crise sanitaire. "Sur la vaccination, le point positif c’est qu’il y a une stratégie coordonnée et européenne. J’ai été intimement en colère de voir qu’en Italie, quand ils ont été les premiers touchés par le Covid, il n’y a eu aucune solidarité européenne et ce sont les Cubains qui ont envoyé des médecins. Je suis ingénieur, je sais qu’on fait des plans de production, que les usines vont avoir des problèmes, qu’il faudra des solutions pour voir si d’autres usines peuvent produire, et puis petit à petit le vaccin va se faire. Les seuls enjeux aujourd’hui qui peuvent nous inquiéter, c’est de savoir si ces vaccins marcheront pour les différents variants qui arrivent."

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"Pour le reste, le rythme de la vaccination est évidemment frustrant : on a pris du retard parce que le gouvernement a préféré s’acharner sur les anti-vaccins plutôt que de travailler avec tous ceux qui voulaient déjà se faire vacciner. Cette logique de combat, de fracture, de choc, a entraîné ce retard.”

  • Légende du visuel principal: Éric Piolle © AFP / JOEL SAGET
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