À l'occasion de la sortie de son dernier roman, "Vie de Gérard Fulmard", l'écrivain Jean Echenoz est l'invité du grand entretien d'Hélène Roussel à 8h20.

D'abord interrogé sur l'affaire Matzneff, Jean Echenoz estime qu'il s'agit là d'une "histoire scandaleuse", mais se dit frappé par "la censure qui se développe chaque jour de façon un peu plus vive". L'écrivain évoque les mouvements des années 1970. "Il y avait des choses, au nom d'une certaine liberté, qui étaient intolérables mais qui passaient"

Jean Echenoz dit ainsi constater "une sensibilité à des excès qui devient beaucoup plus nette, beaucoup plus attentive".

Sur son dernier livre

Pour l'écrivain explique son attachement au roman noir, même s'il traite ce genre avec une certaine distance. "Je suis très fidèle au roman noir, il permet de parler du monde contemporain, de mettre en scène des drames, des passions".

Son livre Vie de Gérard Fulmard, à la première personne, se concentre sur un petit parti politique, "pas très définissable" et "assez minable qui ne sait pas trop à quoi se référer". "Ce n'est qu'à la fin que ça m'a rappelé des figures contemporaines. Ce que je voulais, c'était exposer un fond dramatique, avec des luttes de pouvoir. (...) Je suis parti du schéma d'une tragédie racinienne".

Récompensé en 1999 par le prix Goncourt pour Je m'en vais, Jean Echenoz collectionne les prix littéraires. Pourtant, cela ne change rien à sa façon de travailler, jure-t-il. "Ce sont des choses extérieures, ça fait plaisir mais ça ne change pas grand-chose à ma vie quotidienne". "Un livre, c'est chaque fois relancer les dés, on ne sait pas ce qui va sortir", ajoute-t-il. "Se prendre au sérieux, ce serait la mort, ce serait s'empêcher d'avancer"

À une auditrice qui lui demande des conseils pour se lancer en écriture, l'écrivain répond par une pirouette : "Si j'avais un conseil, c'est de n'écouter aucun conseil... même peut-être celui-là, d'ailleurs. Essayez d'écrire bien, de prendre cette activité au sérieux, comme une matière vivante. Mais l'écriture est une fabrique individuelle. On créé sa propre usine en même temps qu'on la fait fonctionner."

Enfin, les écrivains sont-ils trop absents du débat public ? Pour Jean Echenoz, "encore faut-il qu'ils aient quelque chose à dire ! Pourquoi serait-on obligé, sous prétexte qu'on fait des choses publiques, de donner un avis qui risque de ne pas être intéressant ?"

  • Légende du visuel principal: Jean Echenoz © AFP / Ulf Andersen
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