Jack Lang, ancien ministre de la Culture et président de l'Institut du monde arabe, revient sur la politique culturelle de l'équipe d'Édouard Philippe.

Le plan de Françoise Nyssen promet-il une politique culturelle moins centralisée ? Quel est le rôle des collectivités territoriales ? 

La ministre de la Culture a annoncé plusieurs mesures en mars dernier. Ces dernières permettront-elles aux citoyens de tous milieux sociaux de s'approprier la culture au quotidien ? 

Alors qu'Édouard Philippe entame l'évaluation de ses ministres, Jack Lang revient sur le travail de l'année de Jean-Michel Blanquer : "Je dirais bien et parfois honorable." "Bien sur le retour du latin et du grec, sur l'enseignement des mathématiques (...). Mais il n'a pour l'instant rien fait pour la formation des maîtres, et [il a été ] trop timide pour la culture et les arts a l'école."

A propos de la crise des profs : "C'est le fruit de quinze ans de politique d'abandon. On a supprimé des écoles de formation des maîtres ; pour remonter la pente, cela réclame de l'effort, de l'entêtement, et je pense que Jean-Michel Blanquer s'y emploie."

A propos de l'action de Françoise Nyssen, ministre de la Culture : 

Y a-t-il une politique culturelle en France ? "C'est assez fragmenté, fragmentaire, avec des esquisses d'actions. On ne sent pas que l'État est porté par une détermination comme cela a pu être le cas dans d'autres époques." 

Nous considérions avec François Mitterrand, que l'art et la culture devaient être au cœur même de la société.

Jack Lang signale aussi "des choses plus graves : l'esprit de service public s'érode, les compagnies financières prennent le pouvoir. Sur les festivals d'été, on a laissé LiveNation établir une concurrence déloyale et faire monter les prix des artistes et des places, un système de compétition infernale". 

Sur l'exception française et les artistes 

"Il y a des règles spéciales à imaginer, conseille Jack Lang. Appliquer le prélèvement à la source aux artistes est un non-sens. Il faut assumer un statut spécial si on ne veut pas que les jeunes auteurs disparaissent." Sur la directive droits d'auteurs révisée à Bruxelles et le lobbying des Gafa : "Que l'État redevienne l'État ! C'est inadmissible que ces puissances privées dominent le marché de l'art."

A propos du Pass Culture

"Je réserve mon appréciation, explique Jack Lang. Cette idée a été empruntée à l'Italie de Renzi, à qui j'avais dit mon scepticisme. Ça n'a d'ailleurs pas très bien marché (...). Ça n'a profité ni à la fréquentation des musées, ni à celle des théâtres. Je crois savoir que le gouvernement réfléchit. Il a raison, qu'il prenne son temps. Et puis c'est une idéologie qui n'est pas la mienne (...). La pure consommation, ce n'est pas ce qui apporte un vrai changement."

Je préconise une entrée en force de l'art à l'école.

"Emmanuel Macron a apporté dans la vie publique française un air nouveau, poursuit Jack Lang. Un homme intelligent, cultivé, qui, peut-être, a une manière un peu trop personnelle, verticale, de mener les affaires du pays."

Une loterie pour le patrimoine ? Pourquoi pas (...). Mais, par ailleurs, on laisse à l'abandon le patrimoine, l'urbanisme à des sociétés privées. C'est cette pénétration des compagnies financières dans la vie de tous les jours qui devient une inquiétude.

Sur la réforme de l'audiovisuel

"C'est une erreur de vouloir faire la énième loi audiovisuelle. Ça ne sert à rien que de mettre [les médias] en difficulté. Il va y avoir des mois et des mois de discussions. L'État, là encore, doit avoir une parole forte au lieu de chercher à changer la gouvernance, qui ne servira qu'à créer le désordre pendant des mois (...). On peut réformer avec un exercice normal de la tutelle."

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Jack Lang © AFP / Stephane de stakutin
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