L'ancien Premier ministre Lionel Jospin est l'invité du Grand Entretien de Léa Salamé et Nicolas Demorand. Il signe "Un temps troublé" aux éditions du Seuil.

Dans ce livre, qui aurait du paraître en avril, Lionel Jospin  dit qu'il voulait "exprimer un certain sentiment d’inquiétude, et faire partager ces analyses". 

Le "recul démocratique"

Pour Lionel Jospin, il y a un "recul sur le terrain démocratique" dans la façon avec laquelle Emmanuel Macron exerce le pouvoir. "Ce qui me frappe c’est que ce parti n’a pas d’attache dans ce pays, il n’a pas de vie intérieure. C’est une forme de régression démocratique, car dans ce mouvement on n’élit pas les dirigeants, on ne désigne pas ses candidats aux élections, ils le sont d’en haut par un comité. C’est un recul sur le terrain démocratique, une vision du pouvoir qui ne correspond pas aux aspirations du temps". 

Lionel Jospin s'inquiète de la stratégie du président de la République vis-à-vis de l'extrême-droite et note que durant les trois premières années du quinquennat, la force du RN n'a pas décru. "Je crains qu'il ne joue la polarisation avec le RN et que ce tête à tête posant la candidature d'Emmanuel Macron comme une carte forcée, provoque un sentiment d'hésitation et de refus chez les Français qui aiment avoir une liberté de choix". 

Présidentielle 2022 : "accorder les égos"

Toujours dans perspective de l'élection présidentielle de 2022, et d'un accord éventuel entre la gauche et les écologistes, Lionel Jospin estime que "les ADN sont relativement compatibles, la question principale sera d'accorder les egos". 

Analysant les forces en présence à gauche, il estime que le Parti socialiste doit "retrouver de l'éclat". Il faut qu’il soit "capable de proposer, et ensuite les discussions s’ouvriront avec les écologistes et avec les Insoumis, à condition qu’ils assument la sagesse de la responsabilité du pouvoir et le PS n’est pas écarté cela".  Selon lui "une gauche écologique aurait une chance d'être au second tour".  "Les responsables devront faire preuve de sens de l'intérêt général, de désintéressement et chercher quelle est la meilleure solution pour unir cette nébuleuse qui a, je le dis, la capacité de répondre aux défis", a toutefois prévenu Lionel Jospin. Selon l'ancien Premier ministre, "la menace du réchauffement climatique est considérable et elle est insuffisamment prise en compte par le pouvoir actuel."

_Au sujet de  Jean-Luc Mélenchon , il dit qu'"il y a conflit entre son intelligence et son tempérament. cette force qu’il veut incarner il faut qu’il la mette au service de la responsabilité". _

L'archaïsme du néolibéralisme d'Emmanuel Macron

Lionel Jospin, ex-Premier ministre parle d'"archaïsme économique" : "_La désillusion, et l'incertitude qui s'est répandue, sont liés aux choix faits par Emmanuel Macron".  _Pour lui, "la politique d’Emmanuel Macron est fondée sur le néolibéralisme. Ce néolibéralisme termine une phase de 40 ans ouverte par Thatcher et Reagan dans les années 80, de dérégulation mondiale, de montée des inégalités, de domination des milieux économiques, d'oublis de la politique sociale. Pendant les trois années qui viennent de s'écouler, c'est dans cette orientation que s'est situé le président de la République. Je pense qu'il commet un anachronisme". Car explique-t-il, sous l'effet de la crise, désormais, "plus personne n’est néolibéral, tout le monde se tourne vers l’Etat" , et "quand on reviendra à l’ordinaire des choses, on verra si il a vraiment changer son logiciel ou si’il s’est adapté comme tous les chefs d’état le font aujourd’hui."

Il fustige également le fonctionnement du parti présidentiel. "Etre vertical au moment où les Français expriment un désir de participation, d'écoute, je pense que c'est une autre forme d'anachronisme."

Interrogé sur la remise en question de la semaine de 35h à l'occasion de la crise économique, il estime qu'"en aucune façon", les 35h n'étaient une erreur : "Accroître le temps de travail serait une absurdité"

L'important pour l'ancien premier Ministre, serait plutôt de "faire entrer dans la production une partie des 700 000 jeunes qui arrivent sur le marché du travail et aider à trouver du travail aux millions de chômeurs qui seront apportés par la crise".

Est-ce une bonne idée de revenir à un Commissariat au Plan ? "Personnellement, j'approuve tout à fait cette recréation", a déclaré Lionel Jospin  à propos de la nomination de François Bayrou comme haut-commissaire au Plan. L'ancien Premier ministre socialiste de Jacques Chirac a dit, en revanche, avoir "lu le décret" et estime que "la façon dont ça va fonctionner" n'est "pas claire". Il attend donc de voir "la mise en oeuvre".
"Face à ce gouvernement, j'aime bien regarder, pas simplement les effets d'annonce, mais les mises en œuvre", a-t--il commenté.

  • Légende du visuel principal: Lionel Jospin, ancien Premier ministre, sort du silence avec « Un temps troublé » publié aux éditions du Seuil © AFP / Thomas Samsom
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  • Lionel JospinAncien premier ministre français, ancien premier secrétaire du PS
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