Le professeur Élisabeth Bouvet, infectiologue à l’Hôpital Bichat (AP-HP), présidente de la Commission technique des vaccinations de la Haute Autorité de Santé (HAS) et Axel Kahn, professeur généticien, président de la Ligue contre le cancer, sont les invités du grand entretien de la matinale.

Pour Axel Kahn, la campagne de vaccination en France est beaucoup trop lente, par rapport à l'urgence de la situation. "La stratégie de vaccination en France a été mise en œuvre telle que cela avait été décidé, avec une très grande lenteur, tout simplement parce qu’on avait prévu toute une série de contrôles. D’abord 5 jours après une première consultation, une capacité de rétractation, un consentement qui pouvait être rétracté avec un délai important, ce qui est rarissime… La logistique a été anormalement faible. En tant que président de la Ligue, extrêmement concerné par le coût de la Covid pour les personnes atteintes de cancer, j’ai pensé qu’il fallait que je contribue à demander de changer trois points."

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"Le premier, c’est que, terrorisé par l’idée qu’il y aurait des oppositions brutales, le gouvernement semblait y aller à reculons, en s’excusant d’avoir à vacciner, en disant que si jamais il y avait quelque chose, on arrêterait. Moi-même, en écoutant cela, j’en suis venu à hésiter dans ma détermination à me faire vacciner !", ajoute-t-il, précisant qu'il se ferait "vacciner dans deux ou trois jours". "Le deuxième élément, c’était que compte tenu des risques, il me semblait qu’à côté des personnes fragiles, il fallait vacciner les soignants très rapidement. Le troisième élément, c’est qu’il fallait simplifier toute la procédure."

"On est passé de 55 % à 40 % de personnes qui voulaient se faire vacciner : c’est un échec manifeste !"

Élisabeth Bouvet rappelle de son côté : "Nous avons proposé à la Haute Autorité de Santé de vacciner en premier les personnes les plus vulnérables, et celles qui étaient le plus à risque de décéder ou d’être hospitalisées. La stratégie a été affichée pour protéger en premier ces personnes. L’idée c’était que cette vaccination se passe dans les meilleures conditions, que les personnes donnent leur accord pour être vaccinées, de façon simple et orale. Nous n’avons jamais demandé que le consentement puisse être rétracté sous cinq jours !"

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"Même la Pologne ou l’Italie ont plus vacciné que nous ! Ce ne sont pas des pays qui ont une logistique a priori supérieure à la nôtre", s'agace Axel Kahn. "La stratégie a été publiée au mois de décembre, à un moment où l’on était encore dans la perspective de moins de 5.000 contaminations quotidiennes, et les variants anglais qui font des ravages à l’heure actuelle ne nous menaçaient pas de cette manière-là. Très clairement, des semaines après, le contexte a changé, et on ne peut pas appliquer une stratégie de santé publique sans s’adapter au jour le jour, dans le respect des protocoles, à la réalité des situations."

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"Après 15 jours de communication défaitiste du gouvernement, on est passé de 55 % à 40 % de personnes qui voulaient se faire vacciner : c’est un échec manifeste ! Il faut aussi mettre une coordination générale à tout cela, de façon à pouvoir réagir dans l’instant à la situation sanitaire, et il fallait à tout prix protéger les soignants, pas seulement parce qu’ils sont à risque mais parce que quand on sera malades en nombre, comme en Angleterre, on aura besoin de soignants en bonne santé. C’est aussi simple que ça !"

Élisabeth Bouvet justifie ce choix des soignants plus âgés comme priorité : "Dans un premier temps, il nous semblait logique de privilégier, parmi les soignants, ceux qui avaient des facteurs de risque, compte tenu du nombre de doses limité. Dans notre stratégie, il est dit que s’il y avait un nombre de doses suffisant, il faudrait vacciner tous les soignants. La stratégie reste la même : élargir la couverture quand on peut. Et la mise en œuvre doit sans doute s’accélérer." Axel Kahn assure qu'il y aura "un million [de doses disponibles] à la fin de la semaine".

"Le plus probable, c’est que les nouveaux variants se répandent en Europe"

Que pense l'infectiologue de la stratégie anglaise d'utiliser les doses prévues pour le rappel du vaccin pour des premières vaccinations en urgence ? "Pour l’instant, on n’a pas les données pour savoir si une seule dose est suffisante", explique Élisabeth Bouvet. "On ne sait pas pour l’instant combien de temps va durer la protection du vaccin Pfizer : en général, la deuxième dose de vaccin est là pour protéger plus longtemps, augmenter la durée de l’immunité. Tant qu’on n’en sait pas plus sur ça, on ne peut pas recommander la stratégie de la dose unique."

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"Je comprends parfaitement la politique des Anglais, qui ont le couteau sous la gorge", justifie de son côté Axel Kahn. "Mais la raison pour laquelle je monte au créneau, c’est que je redoute que nous aussi, dans quelques semaines, nous ayons le couteau sous la gorge : le plus probable, c’est que ces nouveaux variants infectieux se répandent en Europe. C’est la dynamique propre d’un variant plus infectieux."

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Pour lui, il faut avant tout rappeler l'efficacité démontrée du vaccin : "Ce qu’il faut savoir, c’est qu’il y a à partir du 14e jour une séparation extraordinaire entre le taux de formes symptomatiques chez les personnes vaccinées, pratiquement en plateau, et chez les personnes non-vaccinées, qui continue d’augmenter. Je comprends que les Anglais se soient dit : parons au plus pressé, et on verra bien."

"La science, c’est l’humilité, c'est l’adaptation à la réalité, c’est trouver la meilleure solution en fonction de l’urgence de l’instant."

  • Légende du visuel principal: Injection du vaccin Pfizer-BioNTech contre la Covid-19, pendant la campagne de vaccination des soignants de plus de 50 ans, le 2 janvier 2020 à l'hôpital de l'Hotel-Dieu à Paris © AFP / Sameer Al-DOUMY
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