Robert Malley, Président de l’International Crisis Group, ancien membre de l’administration d’Obama, Gabriel Zucman, économiste, Gérard Araud, ancien ambassadeur de France aux Etats-Unis, et Sylvie Laurent, historienne, spécialiste des Etats-Unis sont les invités du Grand entretien de la matinale.

Les résultats définitifs de l'élection américaine 2020 ne devraient pas être connus avant plusieurs jours
Les résultats définitifs de l'élection américaine 2020 ne devraient pas être connus avant plusieurs jours © AFP / TIMOTHY A. CLARY

Pour l'historienne Sylvie Laurent, rien n'est le fruit du hasard dans cette élection. "Ce n’est pas l’expression d’une colère, c’est un choix parfaitement rationnel que font les Américains, Donald Trump vient de le répéter."

"C’est ce qu’il dit depuis quatre ans : on vous trompe, vous êtes victimes de fraude, on essaie de vous confisquer ce qui vous revient. Il est en train de dire pourquoi il a gagné, il faut juste l’écouter."

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

"Ce qu’il dit, c’est que tout cela était parfaitement préparé : il a assuré les nominations à la Cour Suprême pour ce jour précis ;  il répète depuis des semaines qu’il y a de la fraude, sans la moindre preuve, parce qu’il sait que potentiellement il peut rejouer ce qui s’est passé en 2000 ; il a nommé une juge pour qu’elle puisse influer en sa faveur… Il explique comment, sur le très long terme, comment il a construit sa victoire."

"À la fois totalement prévisible et ahurissant"

Robert Malley y voit la réalisation du scénario du pire. "Ce que vient de dire Donald Trump [sur des fraudes électorales orchestrées selon lui par les démocrates], c’était à la fois totalement prévisible et ahurissant. Ce qu’il dit, c’est qu’il ne faut pas compter des votes qui n’ont même pas encore été comptés ! Je ne vois pas comment il pourrait réussir, même la Cour Suprême ne pourra pas trouver de cause sérieuse de ne pas compter les voix qui n’ont pas été comptées après 2h du matin, ça n’a pas de sens."

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

"On est dans le cas qu’on craignait : Donald Trump déclare sa victoire et va totalement nier ou ignorer les voix qui seront dépouillées demain, après-demain, vendredi…"

"C'est une situation sans précédent", assure l'ancien conseiller de Barack Obama, "où ça se jouera dans les instances judiciaires, et c’est vraiment un scénario dangereux."

"C’est pas seulement la Cour suprême, mais toutes les cours suprêmes des États", assure Gérard Araud. "Ce matin, des centaines d’avocats vont se précipiter dans les cours suprêmes pour demander l'arrêt du comptage ou au contraire des recomptages. C’est un pays profondément juridique, et là les avocats vont s’en donner à cœur joie ! Ça va durer, et le problème c’est que pendant ce temps, vous aurez un président qui criera sur toutes les chaînes qu’on lui vole son élection, son fils appellera les trumpistes à descendre dans la rue, voire à intervenir… Il va y avoir une tension maximale dans le pays. Les incidents risquent d’arriver, pas ce soir mais plus tard, au fur et à mesure que les polémiques commencent."

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

"Même si Joe Biden l'emporte, il ne va sans doute pas pouvoir gouverner"

De son côté, Gabriel Zucman tire deux enseignements de ce scrutin : "D’abord qu’il n’y a pas eu de raz-de-marée démocrate, ce qui permet maintenant à Donald Trump d’essayer de voler l’élection, d’empêcher que des votes soient comptabilisés. Le deuxième enseignement, c’est que même si Joe Biden l’emporte, il y a un gros risque que les républicains gardent le contrôle du Sénat. Même s’il est président, il ne va sans doute pas pouvoir gouverner. Cela aurait pu être une présidence de transformation, risque au mieux d’être une présidence de transition."

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Le républicain Randy Yaloz, lui, rejette l'accusation de "vol de l'élection" sur ses opposants démocrates, et reprend la thèse de Donald Trump : "On est confrontés à une difficulté : on a quatre États où les gouverneurs démocrates retardent le comptage des voix délibérément, parce qu’ils sont en faveur de M. Trump."

"C’est ça le hold-up ! Les responsables démocrates n’ont pas un discours sain pour notre pays, et au lieu de faire avancer le comptage, ils le bloquent."

L'élection peut-elle encore être renversée avec les résultats à venir ? "Joe Biden peut encore l’emporter", estime Sylvie Laurent. "Le Sénat peut rester tel qu’il est, mais le phénomène politique c’est le succès encore de la parole de Donald Trump, après quatre ans d’une présidence dont on pensait qu’elle avait aliéné la majorité de la population."

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

L'historienne rappelle que selon elle, le trumpisme "n’est pas l’expression d’affects violents qui surgissent, ce n'est pas le grand mythe de la plèbe exaltée qui après un soir de beuverie décide de voter Donald Trump ! Tout ça s’inscrit dans le temps long, on est sur 40 ans de dérive des inégalités aux États-Unis, c’est un pays malade des inégalités."

Les invités
  • Sylvie LaurentMaître de conférence à Sciences-Po Paris, où elle enseigne l’histoire politique et littéraire des Africains-Américains.
  • Robert MalleyPolitologue américain et spécialiste en résolution de conflits internationaux. Président de l’International Crisis Group.
  • Gérard AraudAncien ambassadeur de France aux Etats-Unis
  • Gabriel ZucmanEconomiste
L'équipe