Jean-François Delfraissy, infectiologue, président du Conseil scientifique sur le Covid-19, est l'invité du Grand entretien de France Inter.

Jean-François Delfraissy, à Paris, le 26 avril.
Jean-François Delfraissy, à Paris, le 26 avril. © AFP / Joël Saget

Au mois de juin, le président du Conseil scientifique Jean-François Delfraissy avait appelé à laisser vivre à nouveau les Français. Alors que les chiffres de l'épidémie repartent légèrement à la hausse, faut-il se ressaisir ? Mais le professeur affirme : "Il faut que les gens continuent à vivre, il faut sortir de ce coronavirus. Mais il faut vivre avec des mesures de distanciation sociale. Ce virus continue à circuler en France : on est dans une situation contrôlée mais fragile", explique-t-il, citant la présence de nombreux clusters y compris dans des régions peu touchées jusqu'à présent. 

On a constaté dès début juillet une perte progressive mais assez rapide des mesures de distanciation sociale.

Le rôle des plus jeunes dans la diffusion du virus pendant cette période est central : "La population jeune a compris que le risque pour elle était relativement faible, mais n'a pas compris qu'il fallait qu'elle se protège pour se protéger les autres - et aussi pour protéger son propre avenir, parce qu'ils seront les premiers touchés à la rentrée si on a une reprise importante et qu'ils ne peuvent pas travailler", note Jean-François Delfraissy, qui rappelle que rien n'exclut une situation qui bascule à la façon de ce qu'il s'est passé à Barcelone, partiellement reconfinée.

"On teste beaucoup plus, donc il est normal que l'on détecte beaucoup plus", rappelle l'épidémiologiste, qui explique que la stratégie est désormais celle d'un dépistage. "On a une situation mieux contrôlée (...) mais attention à ne pas basculer dans certaines régions dans quelque chose qui se rapprocherait de l'Espagne", dit-il, tout en expliquant espérer que l'été pourra être passé normalement. 

En revanche, il défend ardemment le port du masque y compris en dehors des lieux clos, et en particulier "dans des villes de vacances où il y a beaucoup de monde dans des petites rues, ou bien à Paris, où il n'y a pas de possibilité de garder ses distances les uns par rapport aux autres. A ce moment-là, le port du masque apparaît nécessaire", explique-t-il, rappelant que le bon sens permet de ne pas porter le masque quand on est seul sur une plage à 7h du matin. "Mais cela, les Français le comprennent beaucoup mieux qu'on veut le dire : il faut leur faire confiance à partir du moment où on leur explique", ajoute-t-il, rappelant au passage la nécessité d'apprendre à bien mettre et enlever un masque. 

Alors que les rassemblements importants (plus de 5 000 personnes) seront à nouveau autorisés à partir du 15 août, Jean-François Delfraissy appelle à évaluer les choses au niveau des territoires. Mais, dit-il, "il est normal que des critères soient fixés... sur le nombre de personnes dans les rassemblements, pourquoi 5 000, pas 3 000 ou 6 000, personne ne le sait, moi le premier, le conseil scientifique n'est pas là pour donner des aspects opérationnels directs". Dans tous les cas, il appelle à "faire attention sur les grands rassemblements, qui rassemblent deux choses : la proximité entre les gens, et la possibilité qu'il y ait des super-contaminateurs, qui au lieu de contaminer deux ou trois personnes peuvent en contaminer 40 ou 50".

Quelle perspective le conseil scientifique donne-t-il sur l'éventualité d'une "deuxième vague" du virus ? "Notre inquiétude est qu'à l'automne, avec le changement climatique, et le fait qu'on vit moins dehors, on ait un retour du virus de façon importante. C'est ce qu'on appelle une possible deuxième vague", explique Jean-François Delfraissy, qui dit avoir demandé que le public soit averti en même temps que les autorités, "pour que tout le monde soit conscient qu'il n'y a pas de certitude qu'il y aura une deuxième vague, mais qu'elle est possible, qu'on a des outils pour l'aborder". C'est pourquoi "pour 20 grandes métropoles, nous avons demandé de prévoir de vrais plans de confinement partiel", puisque "on va tout faire pour éviter un confinement". 

Y a-t-il une incohérence entre ce risque et des mesures comme la reprise des foires et des salons à partir de septembre ? "Je pense qu'il faut arrêter de parler en permanence d'incohérences : il y a quand même depuis plusieurs semaines, un peu de cohérence dans la construction de la réponse vis-à-vis du Covid. Les Français sont parfaiement capables de comprendre cela, avec les incertitudes qu'il y a", répond Jean-François Delfraissy. "On n'est pas dans la situation de janvier ou de février : on est avec un virus qui circule, qui ne circule pas au même niveau, et on a  des mesures de distanciation pour limiter le nombre de cas. Soit le virus circule de façon très forte en septembre et il faudra annuler ces mesures, soit on est dans une situation maîtrisée. Après tout, la deuxième vague n'est pas prévue pour septembre mais pour novembre". 

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