Boris Vallaud, porte-parole du PS, député des Landes, auteur de "Un Esprit de résistance" (Flammarion), est l'invité du Grand entretien.

Pourquoi ce terme, historiquement très fort, de "résistance" ? "Résistance à l’air du temps, surtout quand cet air est mauvais : il y a des pentes qui sont préoccupantes, de repli sur soi, de désir d’autorité. Résistance à ce monde qui se défait, où de grands compromis républicains, construits patiemment, sont sapés ; où les inégalités explosent, où la crise environnementale nous menace et menace les plus vulnérables d'entre nous. Je m’inspire de cet esprit de résistance, qui a commandé la reconstruction de la France après la Seconde guerre mondiale et qui a été un pilier, un moment d’utopie concrète où nous avons construit la République telle que nous la connaissons depuis plusieurs décennies."

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

"Cette urgence commande ce réveil de la gauche"

Boris Vallaud le rappelle : "Nous sommes 40 ans après mai 1981, mais ça intervient après 23 ans durant laquelle la gauche, dans sa grande diversité, est dans l’opposition. Nous ne sommes pas dans cette situation-là. On est en train, depuis 4 ans, de travailler, de se reconstruire. Parce que la permanence, c’est celle des inégalités, celle de la pauvreté. Au milieu de cette crise pandémique, il y a une urgence sociale, un ultimatum social, il y a 10 millions de pauvres. Il y a des étudiants qui viennent grossir les rangs de la banque alimentaire : on a l’impression, quand on regarde ça, d’être devant les photos de la Grande Dépression. Cette urgence-là commande ce réveil de la gauche. Je vois beaucoup de Françaises et de Français qui ne mettent pas forcément de mots sur leur colère, qui ne mettent pas forcément de mots sur ce qui les révolte, sur leur appétit de justice : à travers ce que j’écris, je leur dis que ces combats nous sont communs, et que nous pouvons nous retrouver."

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Pourquoi la bataille des urnes semble-t-elle perdue d’avance pour la gauche ? "Parce qu’on ne se laisse pas assez d’espace pour parler des idées, des propositions extrêmement concrètes. J’ai la conviction que nous pouvons tous vivre dans un monde meilleur, que cette pandémie nous donne des leçons, qui nous obligent aujourd’hui. Pour l’instant, c’est pas une place pour chacun, c’est chacun à sa place, comme avant. Sauf qu’on s’aperçoit dans cette crise que même la pandémie est plus dure pour les plus pauvres que pour les plus riches, que nous avons applaudi à 20h les soignants, mais aussi les caissières et les éboueurs, or on ne tire aucune conclusion sur le fait que le patron d’une grande enseigne gagne 300 fois plus qu’eux !"

"Je ne dissocie pas la réflexion et l’action, je dirais même : le rêve et l’action", assure le porte-parole du PS. "Le rêve d’un monde plus juste, meilleur. Vous croyez qu’on est restés contemplatifs pendant quatre ans ? Quand on propose avec un économiste qui souffle à l’oreille du président américain, Gabriel Zucman, une réforme de la taxation des multinationales, est-ce que vous pensez qu’on n’est pas dans l’action ? Est-ce qu’on peut augmenter les salaires aujourd’hui ? Je le crois : parce que depuis 10 ans, depuis 2018, l’essentiel de la valeur ajoutée a bénéficié à quelques-uns, et s’il y avait eu la même distribution entre les hauts et les bas revenus, 30 % des salariés les moins rémunérés auraient vu leur salaire augmenter de 10 %."

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

"La jeunesse se noie, et on nous répond que la bouée qu’on veut lui lancer va l’entraîner par le fond"

Mais pourquoi la gauche ne décolle pas dans les sondages ? "Parce que nous devons parler moins de nous-mêmes et parler plus des Françaises et des Français. C’est ce que j’essaie de faire avec ce livre : c’est un livre politique qui parle peu de combinaisons politiques, qui parle des gens, de ceux que je reçois dans ma permanence, qui ont des vies dures, parfois invivables, et qui les supportent de manière extrêmement courageuse. Le devoir de la gauche, c’est de se rappeler toujours pour qui elle se bat."

Il est notamment favorable à un revenu de base dès 18 ans. "C’est un débat que nous avons eu à l’Assemblée nationale : on dit que la jeunesse se noie, et on nous répond que la bouée qu’on veut lui lancer va l’entraîner par le fond. Ce minimum jeunesse, c’était essentiellement l’ouverture du RSA à 18 ans et son versement automatique. Car aujourd’hui, il y a 25 à 30 % de gens qui ont droit au RSA et qui ne le demandent pas faute de connaître leurs droits. Le gouvernement a dit non, considérant qu’au fond, tout allait bien et tout était bien fait. J’aime bien l’idée de “un jeune, une solution”, je suis très favorable aux garanties jeunes, que nous avons créées, mais quand on voit qu’il y a plus d’un million de jeunes qui ne sont ni dans l’emploi ni en formation, on se dit : qu'advient-il d’eux ?"

"Tous les débats sont expéditifs et caricaturaux dans le monde où nous vivons"

Sur la question du débat autour de la laïcité, lancé par la droite et l'extrême-droite et dont la gauche peine à se sortir, Boris Vallaud estime que "sur ces questions, le dialogue est difficile, mais nécessaire". "L’universalisme, c’est penser au-delà de soi-même. Mais l’identité, quand on se confronte à un certain nombre de valeurs, c’est les raccrocher aux coordonnées de sa propre vie, de son expérience. Qu’il y ait des gens victimes de racisme qui se regroupent pour en parler, je trouve ça parfaitement normal et légitime, mais je ne peux pas m’empêcher de me dire que s’il peut y avoir des réunions interdites aux blancs, il peut y avoir des réunions interdites aux noirs. Je crois que le combat contre le racisme, c’est l’affaire de tous. Je ne veux enfermer personne dans une identité, et je ne veux refuser à personne d’être ce qu’il est."

"Mais ce dialogue nécessite du débat, or tous les débats sont expéditifs dans le monde où nous vivons. Ils sont expéditifs, ils sont caricaturaux, ils sont le fait de procès… Moi je suis l’héritier de Jaurès et de Briand dans la laïcité, j’ai relu les débats de l’époque, d’une qualité incroyable, le travail fait pendant près de deux ans dans la commission qui a mené à la loi de 1905… Aujourd’hui, vous voyez bien qu’il faut prendre parti en 5 minutes sur tous les sujets et toujours sans nuance. Au fond, les positions raisonnées sont toujours les positions faibles : or moi je crois qu’il faut avoir le courage de la nuance."

  • Légende du visuel principal: Boris Vallaud © AFP / Ludovic MARIN / AFP
Les invités
  • Boris VallaudDéputé de la troisième circonscription des Landes
L'équipe