Michel Wieviorka, sociologue, est l'invité du grand entretien de Nicolas Demorand et Léa Salamé à 8h20.

Michel Wieviorka, est l'auteur de Pour une démocratie de combat chez Robert Laffont, dans lequel il regarde l’évolution de l’idée démocratique. 

"La démocratie, c'est la seule façon de concilier l’idée que le société c’est un tout, et des choses qui divisent, la démocratie c’est le seul système qui permet de parler au nom d’une unité et de la diversité" 

L’idée de post démocratie date du début des années 2000. 

"On est dans une phase d’inquiétude pour la démocratie. La démocratie va mal, mais rien n’interdit de penser, ni d’agit de façon à ce qu’elle aille mieux." 

Y at-il une tentation totalitaire ? 

La violence est-elle devenu le seul moyen de se faire entendre ? "Jusque dans les années 70" explique Michel Wieviorka, "on pouvait mettre en avant l’idée que la violence pouvait être nécessaire".

Ensuite pendant 40 ans,"la violence sociale ou politique est devenu tabou. L’état a eu le monopole légitime de l’usage de la violence." 

Désormais avec les gilets jaunes,  "la répression a certains égards est contestée"

Quant aux chercheurs qui ont pu déclarer "nous sommes tous des gilets jaunes", Michel Wieviorka, "je ne dis pas bravo, c’est une erreur de dire nous sommes tous des gilets jaunes. Quand vous êtes directeur d’études à 4 ou 5 000 euros par mois, vous n’êtes pas un gilet jaune. Mais nous sommes tous intéressés et concernés par les gilets jaunes oui". 

"Si la police en fait trop, la légitimité de l’Etat à avoir le monopole de la violence s’affaiblit"

"Ce qui est inquiétant pour la démocratie, c'est quand il n’y a rien entre des demandes non satisfaites et le pouvoir, alors oui l’espace de la violence se développe en haut, du coté de l'état, et en bas, du coté du peuple". "Ce qui est réel, avec Macron" dit Michel Wieviorka, , "c’est la déstructuration de tout ce qui peut intervenir entre le pouvoir et la société. La fin des corps intermédiaires. On ne fait rien pour que se reconstruise un système politique. On n’écoute le moins possible et on respecte le moins possible les institutions". Concernant le projet de réforme des retraites, il y a eu un avis du conseil d'état, et  "l’état s’assoit dessus".

Certains pensent que la violence finit par payer et nous sommes entrés dans une spirale", ajoute le sociologue.

Le poids des mots

Le fait même de parler de totalitarisme, de dictature, pour ce qui se passe en France, n'est-il excessif, voir dangereux, questionne une auditrice. 

Pour Michel Wieviorka,  "Malheureusement les mots forts et excessifs fonctionnent mieux que les mots nuancés et compliqués […] Les réseaux sociaux peuvent être des outils merveilleux, mais on y trouve aussi des discours de haine : c’est les deux à la fois. Il faut apprendre à les gérer comme a appris à le faire pour la presse nationale à la fin du XIXe siècle". 

Le sociologue considère qu'il va falloir inventer de nouveaux mots, pour qualifier la réalité nouvelle. "C'est le rôle des sciences sociales de le faire". 

"On a besoin des médias, mais parfois ça va trop fort et trop vite"

  • Légende du visuel principal: Michel Wieviorka © AFP / Ulf Andersen
Les invités
  • Michel WieviorkaSociologue et administrateur de la fondation Maison des sciences de l'homme
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