Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, et Charif Majdalani, écrivain, professeur de lettres françaises à l'université Saint-Joseph de Beyrouth, sont les invités du Grand entretien de France Inter.

Une rue de Beyrouth, le 5 août.
Une rue de Beyrouth, le 5 août. © AFP / Mikhail Alaeddin / Sputnik

"Les urgences sont naturellement le sauvetage, le déblaiement, la santé, l'alimentation", rappelle Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'État chargé du Tourisme, des Français de l'étranger et de la Francophonie. Après une réunion interministérielle, "dès hier ont été acheminés 70 personnels et 20 tonnes de fret, qui sont déjà à l'oeuvre pour une partie d'entre eux, plus un certain nombre de ressources pour être auprès de notre communauté française", dit-il, qui prendra la forme d'aide psychologique et matérielle. 

Nous sommes là, comme la France l'a toujours été aux côtés du Liban

Sur un plus long terme, les mesures préparées par la France seront annoncées ce jeudi par Emmanuel Macron en déplacement à Beyrouth, mais Jean-Baptiste Lemoyne explique que "les ministres ont pu plancher sur des mesures de génie civil et militaire pour aider au déblaiement et à la reconstruction à Beyrouth, et puis la mise en place d'énormément d'autres mesures, comme la mobilisation de la délégation à l'aide aux victimes", dit-il, affirmant que la communauté française au Liban "a déjà payé un lourd tribut". "On peut saluer l'action de la diplomatie française qui est aux côtés et au chevet des Français de l'étranger, où qu'ils soient dans le monde", ajoute-t-il. 

Le Grand Entretien s'est poursuivi en direct de Beyrouth avec Charif Majdalani, écrivain, professeur de lettres françaises à l'université Saint-Joseph de Beyrouth. "Ce matin, c'est extrêmement calme, un calme dominical, ce qui n'est pas normal en semaine", raconte-t-il, rappelant que la ville n'est pas entièrement détruite, mais que "même les quartiers les plus éloignés ont subi des dégâts, notamment sur les fenêtres éclatées". "Hier, il s'est passé quelque chose de très émouvant, il y avait énormément de gens dans les rues avec des balais, des sacs, on essaie déjà de déblayer, de restituer quelque chose de viable, de visible au quotidien. Et des gens distribuaient de l'eau, des masques". 

Il invite à "bouger, faire quelque chose, agir, sinon c'est terrible, il y a une espèce de dépression générale, les gens sont abattus", appelant à cesser de regarder les images de désolation en boucle à la télévision. 

Il y a un flottement, on ne sait plus quel jour on est, tout est remis à plus tard, mais on ne sait plus si "plus tard" existe encore.

Charif Majdalani se remémore l'explosion, ressentie d'abord comme un tremblement de terre. "Et puis à un moment ça s'arrête, et au moment où vous vous dites que c'est fini, il y a cette énorme, cette épouvantable explosion, qui dure deux, trois, quatre secondes (...). Les deux choses combinées rendaient inexplicables ce qu'il s'est passé", dit-il, racontant qu'il a fallu près d'une heure pour comprendre ce dont il s'est agi. 

Les dysfonctionnements de la gestion du pays sont directement pointés du doigt par la communauté internationale, et Charif Majdalani le confirme : "On n'en est plus à un scandale près : tout le monde est conscient que ce n'est qu'un des inévitables et catastrophiques résultats de 30 années de mauvaise gouvernance, de corruption, d’incompétence, d'impunité. On a toujours l'impression d'arriver au fond, et on ne se doute pas qu'il reste de la marge". 

Là, c'était choquant, mais personne ne s'est dit "Incroyable, comment est-ce possible" ? Tout est possible dans cet horrible bordel que constitue ce non-État qui tente de nous spoiler tout ce nous possédons depuis 30 ans.

"Personne à Beyrouth n'est étonné, on est simplement scandalisés de la possibilité que ça arrive. En même temps, quand on y réfléchit trois minutes, on se dit qu'ils sont capables de tout". 

Enfin, il conseille de ne pas envoyer directement d'argent à des proches via les banques, car "c'est transformer cet argent en otage des banques, parce que les banques font aussi partie de cette spoliation qui a eu lieu". "Certaines sommes sont retenues par les banques, elles ne sont pas distribuées aux familles", explique-t-il, disant qu'il "y a peut-être d'autres moyens d'envoyer de l'argent, par des associations". 

Les invités
  • Jean-Baptiste LemoyneSecrétaire d'État auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères
  • Charif MajdalaniEcrivain, professeur de lettres françaises à l'université Saint-Joseph de Beyrouth