"On doit tirer les enseignements [que la crise sanitaire] a dévoilé de manière très brutale, que nous préparions une profonde métamorphose", a estimé Nicolas Hulot sur France Inter.

"Le progrès nous a légué des outils exceptionnels, mais nous arrivons au bout d’un système et nous sommes confrontés à nos interdépendances et à nos excès." L'ancien ministre de l'Écologie, Nicolas Hulot, appelle sur France Inter mercredi matin et dans une tribune intitulée "Le temps est venu" au "juste échange" pour remplacer le "libre échange" qui "compromet notre propre futur".  "Entre un protectionnisme qui pourrait ressembler à du nationalisme et le néo-libéralisme qui a commis les excès et les affres que nous connaissons, il y a une troisième voie. Dans le juste échange, on peut échanger nos vertus au lieu d'échanger nos vices", estime Nicolas Hulot. 

"Il y a deux choses que nous publions", précise-t-il : un appel initié par Aurélien Barrau et Juliette Binoche, signé par plus de 200 personnalités, "pour clamer très fort que le monde d’après tire des leçons de ce qu’il s’est passé". "Et puis ce manifeste qui doit être la première pierre d’une matrice de principes."  Un manifeste qui "n'est pas abouti",  "chacun doit y participer et dire que c’est au politique de le faire est un peu court". "Il faut sortir de la fracture démocratique entre celle des citoyens et la démocratie financière."

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"Donner les premières notes de la symphonie mondiale de demain" 

"Si on n’y croit pas c’est désespérant. Je ne suis pas naïf, je sais que ça va être compliqué mais je pense que les esprits ont été bousculés", juge l'ancien ministre. "Ce n’est pas une question de moyens mais de finalité : cette crise sanitaire peut être transformée en crise salutaire à partir du moment ou l'on en tire les enseignements. L’Histoire nous convoque, il y a un cap de civilisation. On peut donner les premières notes de la symphonie mondiale de demain. Mais pour cela, il faut mettre fin à un système qui pille, qui concentre, qui épuise. Ce n’est pas une fatalité, c’est soit une résignation soit du fatalisme." 

Par exemple, dit-il, "quand on demande à nos agriculteurs de se passer d’un certain nombre de substances et qu’on permet avec des traités d’importer des produits qui ne sont pas soumis aux mêmes contraintes, c’est le libre échange". Selon lui, "on ne va pas cesser de commercer", mais ce ne sera "pas à l’identique". "Il y a une matrice à reconstituer, il faut pas l’ajourner dans trois ans, il faut prendre rendez-vous à l’automne. Le temps de la confiance est venu."

"Si les esprits procureurs l'emportent sur les esprits éclaireurs, on ira dans le mur"

"Il faut sortir du jeu politicien où la seule chose qui anime l’opposition est de mettre en difficulté l’exécutif", juge Nicolas Hulot. "On a tous les outils sur la table, il faut sortir de ce monde politico-financier qui produit de la richesse mais ne la partage pas. Tant que nous accepterons que tout un pan de l’économie échappe à la solidarité, le Nord sera condamné à l’austérité, le Sud à la pauvreté."

Il appelle à "prendre date probablement à l'automne et tous ensemble", "pas simplement les politiques". "On n'y arrivera pas les uns sans les autres", souligne le président d'honneur de la fondation Nicolas Hulot pour la nature et l'homme.

"Les esprits ont été bousculés", rappelle Nicolas Hulot qui estime que les oppositions doivent être "constructive". "Si demain, au sortir du confinement, les esprits procureurs l’emportent sur les esprits éclaireurs, on ira dans le mur. La situation est radicale, on ne se sortira de ce bourbier que si on met sur la table des options radicales."

Sa démission "n'était pas un désertion" 

Interrogé par un auditeur qui l'accuse d'avoir "déserté" en démissionnant du gouvernement fin août 2018, Nicolas Hulot assure avoir, avant de prendre sa décision, demandé des "garanties" au président de la République et au Premier ministre "sur une dizaine de points" : ne les ayant pas obtenues, "si j'étais resté 24 heures de plus, alors la responsabilité devenait la mienne : je m'accommodais d'une simple posture"

"24 heures ou 48 heures avant de prendre cette décision qui m'a beaucoup coûté, j'ai, par écrit, demandé au Premier ministre et au président de la République de me garantir, sur une dizaine de points, d'avoir le minimum de moyens pour imprimer et opérer le début d'une transition écologique irréversible (...) Je ne suis parti que lorsque j'ai eu la certitude absolue que les conditions n'étaient pas réunies pour se mettre en situation d'atteindre les objectifs qui étaient nécessaires", a-t-il encore assuré.

  • Légende du visuel principal: Nicolas Hulot sur France Inter le 28 août © Radio France /
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