Michelle Perrot, historienne et professeure émérite d’histoire contemporaine à l'université Paris-Diderot, et Rebecca Amsellem, activiste, fondatrice des "Glorieuses" et docteure en économie, sont les invitées du grand entretien de Nicolas Demorand à 8h20.

L'historienne Michelle Perrot parle d'une "déflagration oui, une révolution pas encore" en évoquant le témoignage de l'écrivaine Annie Ernaux, et son commentaire sur le mouvement metoo. "c'est en tout cas un événement majeur, qui s'inscrit dans une évolution plus longue". Pour Rebecca Amsellem, "on est aux prémisses d'une révolution symbolique, culturelle et politique. Les femmes disent stop, elles veulent les mêmes droits, elles n’ont pas peur, elles ne s'arrêteront pas". 

Les moyens de communication actuels permettent aux problématiques des femmes d'émerger. 

Changement d'époque

Michelle Perrot se souvient que, lorsqu'elle était jeune, "les femmes voyaient encore le mariage et la famille. Moi j’ai eu de la chance. Pour mes parents il était évident que j’allais travailler et être autonome, mais c’était exceptionnel pour ma génération. Les années 50,  c’est la reconstruction, le pouvoir pense famille, faire des enfants, les femmes au travail étaient plus nombreuses qu'avant , mais ce n’est pas le pole le plus dynamique. Dans les dîners avec d’autres femmes de mon milieu, je ne savais pas quoi leur dire, et elles non plus".

Pour Rebecca Amsallem, devenu féministe en prenant connaissance de les essais anglo-saxons sur l'histoire des mouvements féministes. "J'ai compris qu'on n’avait pas besoin d’être parfaites, des mères, des épouses, et des salariés parfaites. Une société qui veut qu’une femme soit parfaite, c’est une société qui veut la contrôler". Aujourd'hui, elle diffuse une newsletter, Les Glorieuses, pour interroger l'actualité et les modèles sociétaux, avec "les lunettes du féminisme".

Le modèle français : à revoir

Michelle Perrot rappelle que "les femmes françaises ont le taux d’activité le plus élevés d'Europe, et le taux de natalité assez haut aussi. C’est lourd, ce modèle est lourd à porter pour les jeunes femmes. Elles ne lâchent rien, bravo, mais soyons conscients que c’est lourd."

Rebecca Amsellem estime qu'il faut aller beaucoup plus loin dans la lutte contre les violences car "contre les violences, les féminicides, 16 depuis le début de l’année, il faut mettre un plan d’action bien plus considérable, comme en Espagne, pour faire baisser drastiquement les violences". 

La deuxième priorité pour elle est "l’égalité salariale évidemment, car tant qu’on aura pas l’égalité économique, on pourra crier sur tous les toits qu’on veut les mêmes droits, on pourra nous les ôter le lendemain".

"Il faut aller plus loin, imposer la transparence des salaires, et un congé paternité équivalent au congé maternité"

Le cas Polanski

Pour Michelle Perrot, "remettre une distinction [aux César] en ce moment à Polanski, était indécent. Ça ne veut pas dire que je n'admire pas son oeuvre.  Je n'ai pas vu le dernier film, pour ne pas le plébisciter, mais j'irai le voir. Nous sommes sur une ligne de crête difficile entre la réprobation de la violence faites aux femmes, et l'idée qu'on ne peut pas juger les œuvres avec cela, et ce n'est pas commode"

Rebecca Ansellem revient sur le texte même de J'accuse, de Zola, et considère que "c'est injuste que ce texte soit accaparé par Polanski, l'esprit dreyfusard, ce sont les féministes qui le portent aujourd'hui". 

Interrogée sur les combats différentialistes, les revendications en faveur des Noirs, des Asiatiques, comme l'a fait la comédienne Aïssa Maïga, Michelle Perrot rappelle qu'elle est fondamentalement "universaliste", mais qu'"il faut reconnaître les différences, en prendre conscience, et ensuite les amener vers l'universel, car être une femme, noire ou blanche, ouvrière ou bourgeoise, ce n'est pas la même chose". 

  • Légende du visuel principal: Rebecca Amsellem et Michelle Perrot © Radio France et AFP / Miguel Medina
Les invités
  • Michelle PerrotHistorienne, spécialiste de l'histoire des femmes
  • Rebecca AmsellemDocteure en économie, fondatrice de la newsletter féministe "Les Glorieuses"
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