Le réalisateur Bertrand Bonello, la directrice générale d'UniFrance Daniela Elstner et Carole Scotta, co-fondatrice de la société Haut et court étaient les invités du Grand entretien de France Inter, vendredi 7 août.

Des spectateurs lors d'une séance de cinéma, à Paris, le 21 juin.
Des spectateurs lors d'une séance de cinéma, à Paris, le 21 juin. © AFP / Abdulmonam Eassa

"On vit cette période avec beaucoup d'inquiétude, on travaille tous à réfléchir à la reprise", confie le réalisateur Bertrand Bonello. "Le cinéma peut s'en sortir en étant vigilant dans ses négociations, solidaire. Mais surtout, il doit perdurer dans sa diversité. Ce qui nous inquiète c'est qu'une partie du cinéma soit laissé de côté", poursuit-il.  "Je n'imagine pas la fin des salles de cinéma", insiste le cinéaste. "Peut-être que certains types de films n'y trouveront plus leur place, mais je n'imagine pas la fin des salles. Il faut aussi voir quelle est l'offre de films en ce moment : les distributeurs sont fragiles, fragilisés. Peut-être aurait-il fallu ouvrir plus tard les salles, avec plus d'offre. Mais ce qui m'effraie c'est cette peur qui se met en place et la peur engendre la peur... en fait abandonner les prises de risques." 

Mutations accélérées

"On était déjà dans une période de mutations, mais la pandémie a fait que ce qui devait se passer en quatre ou cinq ans se passe en deux ou trois mois. C'est un accélérateur, d'une situation qui était déjà entrain de changer", ajoute Bertrand Bonello. Et Carole Scotta, co-fondatrice de Haut et court, société indépendante de production et de distribution de films, va dans son sens. Selon elle, cette période est effectivement "un accélérateur des mutations", notamment sur le rapport aux plateformes de streaming. "Les plateformes sont jeunes dans l'histoire du cinéma, elles ont une culture qui n'est pas celle de notre cinéma réglementé. Il faut les inciter, et c'est ce qu'on est entrain de faire pour qu'elles investissent dans des oeuvres nationales, mais c'est un travail qui prend du temps or on est dans une accélération du temps qui ne favorisent pas le dialogue."

"On n'est pas du tout contre l'idée de travailler avec des plateformes. Mais la vraie question, c'est de savoir si elles ont envie de travailler avec nous ?", interroge Bertrand Bonello, également co-président de la Société des réalisateurs de films. "Et la loi ne peut pas tout : ces plateformes peuvent imposer des sommes de financement, mais après il y a une ligne éditoriale. Avec les acteurs historiques avec lesquels on travaille (Canal, France télévisions, etc.), on arrive à peu près à avoir la représentativité de la diversité du cinéma français. On est un peu plus inquiets de voir les lignes éditoriales que montrent les plateformes." 

Diversité

"Une chose montre bien la force, dans sa diversité, du cinéma français : dans les réouvertures de salles dans le monde, en Europe et en Asie, on peut tout d'un coup, avec l'absence de cinéma américain, constater que le cinéma français est en première place dans certains pays", poursuit Daniela Elstner, directrice générale d'Unifrance, un organisme chargé de la promotion et de l'exportation du cinéma français dans le monde. D'après elle, des films comme Portrait de la jeune fille en feu ou La Bonne épouse connaissent actuellement une belle carrière à l'étranger. "Ce que la France a à proposer, c'est une grande diversité : des films d'animation, de fiction... Soutenir cette diversité dans la production, c'est primordial. C'est de là que part l'exception culturelle qui séduit les publics à l'étranger."

Et cette diversité existe notamment grâce au soutien financier des chaînes de télé ou du Centre national du cinéma (CNC). "Le système s'auto-entretient grâce aux taxes perçues sur les salles de cinéma, la télévision et les plateformes", rappelle Carole Scotta. "Aujourd'hui, la situation promet d'être difficile, avec un manque de soutien. On espère que le ministère de la Culture va renflouer les caisses du CNC qui, en des temps plus cléments, quand le cinéma va bien, peut être prélevé par le gouvernement s'il a trop d'argent. Dans la situation actuelle, il est indispensable de renflouer ces caisses. Pour soutenir la création, la diversité. Des productions comme Jusqu'à la garde, César du meilleur film, ne se feraient pas sans le soutien et l'avance financière du CNC."

Les invités
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