Philippe Lançon, président du prix du livre Inter 2020 et Eva Bettan, sont les invités du grand entretien de Nicolas Demorand et Léa Salamé à 8h20. Ils présentent notamment la liste des dix livres sélectionnés, pour cette édition qui se tient dans des conditions particulières.

En raison de la crise actuelle, a-t-il été envisagé d'annuler le livre Inter ? "Quand on a lancé l'édition 2020, en février, on se faisait encore la bise... Les choses ont changé au fur et à mesure", rappelle Eva Bettan. "On avait 2400 lettres reçues, avec 52 critiques qui avaient envoyé la liste de leurs livres préférés… Ce n’était pas juste pour ne pas gâcher le travail, c’est l’expérience du livre Inter qui m’a fait dire que c’était une expérience collective qui véhicule de la joie", dit-elle. 

Le président du jury, l'écrivain et critique Philippe Lançon, abonde dans le même sens : 

"C'est important qu'un prix comme celui-ci ait lieu : il faut continuer à parler des livres qu'on aime". 

Cette année, l'enjeu du Livre Inter est de le rendre "confinement-compatible et radio-compatible. Ce ne sont pas des réunions professionnelles, ce sont des débats, des bagarres pour les livres". Pas question que les votes soient faits par courrier électronique, précise Eva Bettan : "On ne veut pas changer l'ADN : notre objectif va être de trouver une façon de faire en sorte que le débat ait lieu". 

>> DÉCOUVREZ LA LISTE DES DIX OUVRAGES NOMMÉS POUR LE LIVRE INTER 

Parmi les nommés pour le prix Inter, énumère Eva Bettan, "il y a des livres qui parlent du père, des livres sur la relation mère-enfant, des livres sur l’occupation, sur la restructuration d’une entreprise, sur une forêt profonde, sur la mort du père et l’humour qui peut exister, l’accession à la propriété et le mythe de la propriété, un écrivain et un père". Philippe Lançon, qui écrit des critiques pour Libération, en a lu quatre. Séverine, l'une des jurées sélectionnées, explique avoir commencé l'un des livres : "Je prends le temps de lire, entre le travail, les enfants, le quotidien qui prend une grande place, mais je pense que c'est nécessaire en ce moment", dit-elle. 

Les membres du jury ont jusqu'à juin pour lire et découvrir les livres nommés : le livre lauréat du prix 2020 sera connu le lundi 8 juin. 

Le confinement, "ce n'est pas un quotidien ordinaire"

Comment Philippe Lançon vit-il son confinement ? "C'est difficile, parce que l'emprise du quotidien n'est pas celle du quotidien ordinaire", dit-il, évoquant un quotidien "à l'état cyniquement pur, dépourvu de tout événement qui viennent le perturber, installé dans une routine faite de gestes et de réflexes". Pas facile, en ces temps, de se mettre à écrire. "On se retrouve plus ou moins confinés selon les endroits où on est. On ne peut plus voir ses amis. Il n’y a plus de respiration : j’ai des amis écrivains qui écrivent au café. Actuellement, ils ne peuvent plus y aller. Ca a l’air d’être un luxe comme ça, mais leur rythme c’est d’écrire au café. Donc il y en a qui n’écrivent plus", explique l'écrivain. 

Lui qui a passé neuf mois à l'hôpital se souvient d'une situation de confinement différente : "C'était un confinement extrêmement peuplé : dans ma chambre, rentraient des soignants presque tout le temps, il fallait vérifier, contrôler. Et puis il y avait les visites de la famille, des amis. La vie à l’hôpital, surtout à la Salpêtrière, était extrêmement peuplée. Par ailleurs la question de la liberté d’aller et de venir ne se posait pas". Il dit espérer que les gestes de reconnaissance envers les soignants "vont se traduire politiquement, qu’il y aura une grande réflexion politique sur le sens qu’a le soin dans nos sociétés, que des révisions très fortes seront faites". 

  • Légende du visuel principal: Philippe Lançon © Radio France / Anne Audigier
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