Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, est l'invitée du Grand entretien de France Inter. Elle revient sur la question de la violence dans les manifestations, du rapport aux forces de l'ordre, mais aussi sur la haine en ligne et les mesures post-confinement.

Après de nouvelles manifestations tendues ce week-end, la présidente de la région Île-de-France affirme "qu'on s’est rendus compte une fois encore ce week-end que nos forces de l’ordre étaient là pour protéger, protéger le droit de manifester. c’est une prise de conscience importante pour tous ceux qui aujourd’hui les critiquent. Par ailleurs, comme tous les Français, je suis lassée de voir ces violences toutes les semaines", dit-elle.

Pour Valérie Pécresse, il faut renforcer les sanctions et interdire aux personnes condamnées pour violences de participer à des manifestations : "Je pense qu’il faudrait travailler sur une solution juridique qui permettrait de restreindre le droit de participer à une manifestation quand on a été condamné plusieurs fois pour des actes de violence et de vandalisme. 

Aujourd’hui, on fait essentiellement des rappels à la loi. Il faut aller vers des travaux d’intérêt général, vers des réparations

Ainsi, selon elle, "il faut essayer d’une manière ou d’une autre de restreindre le droit de participer à une manifestation quand on est connu et condamné pour être ultra-violent. Je sais que c’est compliqué, mais s’agissant de personnes qui sont des professionnels de la casse et du saccage, ce devrait être possible."

Parmi les éléments de tension actuels, figure l'article 24 de la loi de sécurité globale, qui cristallise les oppositions. Selon Valérie Pécresse, "cet article est mort le jour où on l’a assimilé au fait que les journalistes devraient s’accréditer pour aller manifester, ce que le ministre de l’Intérieur a laissé entendre".

A partir du moment où on a laissé entendre que cet article allait limiter la liberté de la presse, il était voué à l’échec

Il faut ainsi, selon elle, que cet article "soit complètement sorti de cette loi", même s'il "partait d'une bonne intention". 

Alors qu'Emmanuel Macron, lors de son interview à Brut la semaine dernière, a évoqué les "violences commises par des policiers", acceptant de prononcer le terme de "violences policières", Valérie Pécresse estime que "le 'en même temps' en matière de régalien, ça ne marche pas. On ne peut pas dire quelque chose à certains interlocuteurs et autre chose à d’autres interlocuteurs. Pour moi, le chef de l’Etat doit soutenir indéfectiblement les forces de l’ordre", même si "à chaque fois qu’il y a une faute individuelle, un dérapage raciste, un acte qui sort complètement du cadre déontologique des policiers, il faut le sanctionner fermement, avec des condamnations exemplaires"

Le président, dans cette interview, a donné le sentiment de mettre en cause, de jeter le soupçon sur les policiers, et ça, ça n’est pas acceptable.

Comment lutter contre les risques de "contrôle au faciès" évoqués par Emmanuel Macron dans cette même interview ? "Pour moi la caméra piéton, c’est ce qui protègera à la fois nos policiers contre tout soupçon, et de vérifier qu’ils remplissent leur mission dans des bonnes conditions de déontologie", dit-elle, expliquant que la région Île-de-France dont elle est la présidente a mis en place le financement de ces caméras pour des polices municipales. "Cela permet de lutter contre tout soupçon qui pourrait porter sur les forces de l’ordre et leur mode d’intervention. Je ne peux pas accepter qu’on dise que les policiers ne font pas leur travail de manière déontologique. Aujourd’hui, il y a un ressenti qui existe, il faut donner les preuves que ce ressenti est inexact”.

Alors que la loi contre le séparatisme doit mettre en place un délit de haine en ligne, Valérie Pécresse estime que "ce n’est pas de gaité de coeur, j’ai toujours été attachée à la liberté d’expression, et les hommes politiques ont l’habitude de faire l’objet de critiques sur les réseaux sociaux. Mais il ne s’agit plus d’insultes aujourd’hui, les insultes peuvent dégénérer en menaces de mort". Pour elle, "dans les territoires où la promesse républicaine n’est pas tenue, on a un terreau fertile pour tous les prêcheurs de haine. La question, c’est comment faire en sorte que la promesse républicaine puisse être tenue dans tous les territoires", dit-elle, prêchant pour une stratégie territoriale qui permette de mettre fin aux quartiers ghettos.

Sur la stratégie à adopter contre le Covid, la présidente de région explique être intervenue auprès du président de la République pour demander la réouverture anticipée des universités début janvier. Mais "_pour éviter à tout prix une troisième vague, il faudra aller se faire tester massivement, parce que les gens auront vu leurs proche_s", et il conviendra ensuite d'attendre une ou deux semaines avant d'envisager une réouverture, dit-elle, pour éviter un "effet Thanksgiving" comme cela a eu lieu aux États-Unis.. 

"Les régions sont totalement tenues à l’écart de la stratégie vaccinale, déplore-t-elle par ailleurs. Renaud Muselier [président de la région Paca, ndlr] a dit que nous étions l’arme au pied pour aider le gouvernement, notamment sur la logistique. On a proposé notre aide, pour l’instant, on n’en a pas voulu. En revanche, ce à quoi je serai très vigilante, c’est qu’il y ait un égal accès au vaccin dans tous les territoires. Il faut qu’on ait une égalité d’accès de tous les Français au vaccin".

Enfin, alors que Jean-Michel Blanquer devrait être désigné candidat LREM aux élections régionales en Île-de-France face à Valérie Pécresse, celle-ci dit s'étonner de la présence "d'une demi-douzaine de ministres du gouvernement sur cette campagne régionale. Je ne savais pas qu’il y avait autant de ministres du temps libre au gouvernement. Nous sommes dans une triple crise, et il semble que cette élection régionale focalise toutes les énergies."

  • Légende du visuel principal: Valérie Pécresse © AFP / ERIC PIERMONT / AFP
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