Patrick Boucheron, historien et professeur au Collège de France, est l'invité du grand entretien de Nicolas Demorand et Léa Salamé à 8h20.

Il vient nous présenter son livre "La trace et l'aura. Vies posthumes d'Ambroise de Milan" aux éditions du Seuil.

Que pense l'historien du mouvement des "gilets jaunes" ? "C'est une surprise, un vacillement, l'étonnement face à l'effraction du réel", explique Patrick Boucheron. "Mais aussi une déception : on a tous été étonnés, à commencer par les gouvernants, mais on a aussi beaucoup entendu des intellectuels ou commentateurs venir nous vendre leur petite came (identitaire ou insurrectionnelle), comme si on n'avait à s'étonner de rien. La capacité des gens à adhérer à leurs propres convictions alors que tout semble les ébranler ne cesse de m'étonner."

Il y a pourtant de nombreuses comparaisons historiques, mais que Patrick Boucheron trouve trop centrées sur la France : "Si on connait un précédent, est-ce que ça nous aide à agir ? Ça nous éclaire, mais en quoi ça nous aveugle ? Évidemment, on fait des comparaisons françaises avec l'évènement : mai 68, la Révolution, les Jacqueries... Mais quelqu'un qui dit 'je vous l'avais bien dit', je ne l'écoute pas."

"Sortez de chez vous, et considérez ceux qui vous entourent"

Il estime également que le mouvement ne peut se suffire à lui-même : "L'émeute en elle-même n'est pas émancipatrice, elle va produire des résultats qui seront évalués par l'Histoire en fonction des processus politiques qui sont à l’œuvre à côté. C'est très important ce qui se passe sur les ronds-points, on a senti presque physiquement notre crise de la représentation : oui, les élites ne se représentent plus le peuple. Mais peut-être que nous aussi collectivement nous ne nous représentons plus ce qu'est la France dans le monde."

Quant à celui auquel s'attaque les "gilets jaunes", Emmanuel Macron (que Patrick Boucheron avait comparé avant la présidentielle à Machiavel : "une comparaison que je ne regrette pas, Machiavel est un maître désenchanteur"), l'historien lui transmet un conseil du philosophe. "Il dit à ceux qui gouvernent : sortez de chez vous et considérez ceux qui vous entourent. C'est une invitation à penser contre soi-même, à aller voir comment on nous voit."

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Patrick Boucheron pendant la matinale de France Inter © Radio France / France Inter
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