Le philosophe Pierre-Henri Tavoillot est l'invité de Nicolas Demorand à 8h20.

Comme il l'écrit sur son compte Twitter, Pierre-Henri Tavoillot, philosophe et maître de conférence à la Sorbonne, président du Collège de Philosophie, "pense en ce moment à l'autorité, à l'art politique, aux âges de la vie et... aux abeilles" ! Il est l'auteur de "Comment gouverner un peuple roi" (Ed. Odile Jacob)

"La France n'est pas un régime autoritaire"

Pour Pierre-Henri Tavoillot, "le fait que l'on se pose la question de savoir si notre pays est un régime autoritaire permet d'avoir un doute sur le sujet. Un régime autoritaire veut dire que le processus démocratique est bloqué de A à Z. 

Il y a des pays où le processus est bloqué, on n'en n'est pas du tout là en France ! Quand on dit qu'il y a une dérive autoritaire en France, ça veut plutôt dire : "les décisions prises ne sont pas en accord ce que je pense". Avec la secrète pensée de se dire "j'aimerais prendre la place du pouvoir pour imposer mes idées". Ça me parait aussi discutable comme pronostic. 

Aux propos d'Emmanuel Macron, "essayez la dictature et vous verrez ! ", Pierre-Henri Tavoillot répond "qu'il existe aussi des démocraties illibérales, ce sont des démocraties où l'on peut prendre des libertés pour le bien du peuple. C'est une tentation qu'il ne faut pas prendre à la légère car ce qui prêche dans nos démocraties libérales c'est la capacité de prendre des décisions collectives pour le bien commun. Et cela fait défaut chez nous car les clivages sont exacerbés". 

"Les réseaux sociaux fragmentent la discussion"

Selon le philosophe,"des discussions qu'on aurait conservées dans le privé, sont connues au vu et au su de tout le monde, et du coup le projet de vivre en commun est un peu déstabilisé. Il est temps de le rétablir". 

Les manifestations sont-elles trop violentes ? 

"Si l'on prend un recul historique, ces violences sont symboliques. Si ce qui se passe dans le film "la guerre des boutons" arriverait aujourd'hui, cela ferait la une de tous les journaux. Il y a un seuil de tolérance de la violence qui s'est abaissé. Là où ça devient inquiétant c'est lorsque cette logique d'hyper agressivité, de mots excessifs  produit toute une tension, une incertitude sur notre projet de vivre en commun". 

"Les gilets jaunes ont gagné du point de vue de la visibilité"

"Le Président de la République, quand il a pris le pouvoir, a eu une logique qui disait "je vais me focaliser sur l'économie et tous les problèmes d'insécurité structurelle, des banlieues etc. seront réglés. Ça c'est un signe de ne pas connaitre le pays, et les "gilets jaunes" témoignaient du fait qu'il y avait des gens ni riches ni pauvres, hors des circuits de l’État-providence, négligés par l'espace public parfois très parisien et qui ont dit simplement "nous existons ! "et de ce point de vue-là, la crise des "gilets jaunes" a été profitable, ils ont gagné. 

"La police, c'est la violence envers ceux qui ne respectent pas la loi"

"Sur les 'violences policières', il est difficile de trouver plus de mesure et d'abnégation face à des mouvements de violence réguliers et organisés. Qu'est ce que la police ? C'est la violence envers ceux qui ne respectent pas la loi. La question est celle de la proportionnalité entre la faute commise et la violence. Et de ce point de vue-là, si l'on regarde ce qui se passe dans d'autres pays, nous avons une police qui est extrêmement attentive à être proportionnée. 

Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'excès et des bavures, et ils sont parfois traités, mais nous sommes dans un dispositif conforme à la loi. Une manifestation, c'est un lieu de tous les dangers. Donc effectivement il faut un dispositif . Il permet à la manifestation d'avoir lieu. Je comprends que ce soit désagréable pour un manifestant, mais si ce dispositif n'existait pas, la manifestation ne pourrait pas avoir lieu. Il y a quand même aussi au sein de ces manifestations des organisations certes limitées mais qui sont là uniquement pour être violentes. 

Quand on voit un policier qui fait un croche-pied à une manifestante, il s'agit de marketing de l'indignation.

 On mélange tout en parlant de violences policières, avec cette idée que la force policière n'est pas la gardienne de la paix et de nos libertés, mais l'adversaire qu'il faut détruire. Si l'on pense cela, je doute que l'on ait la moindre envie de vivre ensemble. "

Emmanuel Macron 'Président des riches' ? 

"Le vrai problème dans une société, c'est qu'il y ait des pauvres, ce n'est pas qu'il y ait des riches ! Il existe des inégalités justes, quand dans un état de droit, les inégalités profitent aux plus défavorisés. Peu importe que les riches deviennent de plus en plus riches, si dans le même temps les pauvres deviennent de moins en moins pauvres ! 

C'est ça la justice. Et lutter contre des inégalités parce que ce sont des inégalités va inévitablement aboutir à une destruction de la liberté".  

  • Légende du visuel principal: Pierre-Henri Tavoillot © Radio France / France Inter
Les invités
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.