Muriel Pénicaud, ministre du Travail, est l'invitée du Grand entretien de Nicolas Demorand et Alexandra Bensaid à 8h20.

"La première méthode (LREM) avait du bon mais n’était pas suffisante" concède la ministre du Travail qui prône "un cap nouveau, agir ensemble, de la co-construction". "On a regardé ensemble [avec syndicats partenaires sociaux], les angles morts, partout sur le territoire" explique la ministre du Travail.

"On est dans une phase ou il faut des résultats (...) pour ça il faut aller sur le terrain" selon Muriel Pénicaud. "Je fais deux déplacements par semaine, je constate que l’offre transport, logement, emploi, c’est pas la même chose (...) en Vendée ou en métropole lyonnaise. Ce n’est qu’au niveau du terrain avec tous les acteurs qu’on peut trouver des solutions concrètes".

Il ne faut rien changer sur les grandes orientations, mais il faut agir ensemble

La prime mobilité

"Sur deux tiers du territoire, les Français sont obligés de prendre leur voiture pour aller travailler" affirme la ministre qui explique aussi qu' "Elisabeth Borne [la ministre des Transports] a prévu des choses pour améliorer ce sujet partout".

"On est totalement dépendant en France, on ne produit pas de pétrole : il faut sortir le plus vite possible du tout pétrole : transports en commun, covoiturage, vélo."

Inciter au retour à l'emploi

"Il faut que ce soit incitatif pour retourner à l’emploi, mais aussi responsabiliser les entreprises, en France on a un recours excessifs aux contrats courts : 1 mois, 1 jour", même si, se réjouit la ministre "au 1er trimestre, on a eu 14% d’augmentation des CDI", expliquant ensuite le système des bonus - malus aux entreprises : bons et mauvais points distribués pour leur façon d’embaucher (CDI/CDD).

Quelles réussites en deux ans pour ce gouvernement ? Muriel Pénicaud voit "quatre choses : on a réussi à faire baisser le taux de chômage, et on peut continuer". Elle y voit aussi "l’apprentissage, l’égalité hommes-femmes, et le dialogue social dans les entreprises : il va grandir grâce aux ordonnances" assure la ministre.

Concernant les ratés, en revanche :  "On a sous estimé le fait que dans certains territoires, on se sent loin de tout, les services publics en général, ça appelle des actions plus territoriales, plus concrètes".

Sur les risques psychosociaux en entreprise

Commentant le procès qui se tient cette semaine sur la vague de suicide survenue au début des années 2000 chez France Télécom : "Il n'y a pas de pourcentage acceptable, on ne va pas au travail pour mourir (...) Beaucoup de causes sont liées à des sujets d’organisation, de système de management (...) 1 Français sur 5 a l’impression d’être inutile au travail".

La France travaille-t-elle moins que ses voisins? "Si on regarde le volume d’heures travaillées : la France est moins bien que ses voisins", estime la ministre qui ajoute "dans la semaine, on travaille autant (...) on est aussi productif que les Allemands, plus que les autres pays (...) mais on éloigne du marché du travail et les jeunes et les seniors." 

Une personne sur 3 arrive à la retraite en travaillant en France

Sur le burn-out : "L’OMS a dit que ce n’était pas une maladie professionnelle (...) Très souvent il y a un cumul vie perso-vie professionnelle (...) La définition n’est pas médicalement prouvée ( …) ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas agir."

Quand une auditrice décrit son parcours de quinquagénaire qui cherche du travail : "Il y a un sujet de mentalité dans notre pays : cette idée absurde qu’il y a des âges plus productifs, entre 28 et 50 ans, des hommes blancs qui habite a l’intérieur de la ville, pas handicapé, etc…Senior veut dire expérience."

Une chose qu’on peut faire si on veut travailler plus longtemps : continuer à pouvoir évoluer professionnellement, avec le compte perso de formation, pour se reconvertir

Les partenaires sociaux, les entreprises ont une responsabilités : qui s’engage pour quoi. Le sujet de l’emploi des seniors est un sujet 

Sur les élections européennes

"La campagne est très courte, elle va être très intensive" s'inquiète Muriel Pénicaud : "Une de mes convictions, c’est l’Europe sociale, elle ne peut pas être qu’un marché, elle doit nous défendre, avoir un contenu social." 

  • Légende du visuel principal: Muriel Pénicaud © AFP / Betrand Guay
Les invités
  • Muriel PénicaudMinistre du Travail, ex-membre du comité exécutif de Danone, ancienne directrice générale des Ressources humaines et présidente du conseil d'administration du Fonds Danone Ecosystème
L'équipe
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