A trois jours du début du déconfinement, le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer est l'invité du Grand Entretien de France Inter. Il revient sur les mesures qui vont encadrer le retour progressif des enfants à l'école.

"On est un pays plein de maturité, plein de force. Et la force est forcément collective", dit Jean-Michel Blanquer, ce vendredi, pour résumer son état d'esprit à quelques jours du début du déconfinement, et du retour d'un million d'enfants environ en classe, annoncé jeudi. 

"Ce chiffre a vocation à aller crescendo : on commence doucement, mais un million d'élèves, c'est quand même quelque chose. 90% des communes ouvrent des écoles. Il y a 50 500 écoles en France : on a à peu près 80 à 85% des écoles qui seront ouvertes", annonce-t-il, ajoutant : 

Ce qui est important, c'est l'amorce du retour à l'école. 

Il annonce par ailleurs que "130 000 professeurs seront là", un nombre qu'il estime "tout à fait suffisant". "Certains professeurs, certains élèves aussi, resteront chez eux, il y aura encore beaucoup d'enseignement à distance mais on va progressivement revenir à du présentiel, avec des cours en petits groupes", ajoute-t-il. 

Sur la réouverture des collèges prévue à partir du 18 mai, il affirme ne pas pouvoir faire d'estimation trop hasardeuse, "je pense qu'on aura une proportion plus forte de collégiens que d'écoliers, mais il est encore trop tôt pour le dire". 

Que dire aux parents qui hésitent à renvoyer leurs enfants à l'école ? S'il estime qu'il est "normal de se poser des questions" et d'avoir "une forme d'hésitation", il garantit qu'un "protocole sanitaire très exigeant" a été mis en place.

On doit être dans une forme d'équilibre entre les préoccupations de santé qui sont les premières, et le fait qu'aller à l'école est fondamental.

Le protocole sanitaire évoqué par Jean-Michel Blanquer fait 60 pages : "Avant que ce protocole existe, beaucoup de voix se faisaient entendre pour dire qu’il fallait quelque chose de strict. Maintenant qu'il est en place, les critiques sont sur le fait que c’est trop strict", note le ministre, qui précise que ce sont plutôt des "fiches, je crois très lisibles, très claires (...). Si c'était infaisable, vous n'auriez pas ce très grand pourcentage d'écoles qui rouvriraient la semaine prochaine". 

Il affirme par ailleurs, précisant que le Covid-19 n'est pas la seule problématique et qu'aujourd'hui des enfants "ne mangent pas, sont battus, sont perdus par l'institution" : 

Pour moi, c'aurait été plus simple de dire qu'on rentre en septembre, ou quand on trouve un vaccin, c'aurait été la solution de facilité. Mais je crois qu'on doit avoir le droit à l'éducation chevillé au corps, et avancer pragmatiquement.

Comment va s'organiser le travail pour les enseignants qui restent chez eux ? "J'ai d'emblée posé le principe qu'un professeur qui est en présentiel est en présentiel, il ne fait pas d'enseignement à distance", et vice-versa. "On va continuer les modalités de l'enseignement à distance, mais ça va devenir plus mixte", précise-t-il, notamment pour les élèves qui vont mixer enseignement à l'école et à distance. 

Qu'en est-il de l'utilisation des masques et du gel ? Tous les adultes porteront un masque, fourni par l'Éducation nationale. Du côté des élèves, "il est prôné que les élèves du second degré, à partir du collège aient un masque, qui leur sera fourni, tandis qu'il est préférable que les élèves du primaire n'en aient pas - et ce sera interdit en maternelle". S'il annonce qu'il y aura du gel hydroalcoolique (pour lequel il émet une réserve pour les enfants de moins de 10 ans), il met l'accent sur l'importance du savon et du lavage des mains régulier : "C'est la fourniture de savon par les collectivités qui sera le plus important". Il précise, répondant à un directeur d'école au standard de France Inter, que "l'acheminement des masques continue" tout le week-end, pour s'assurer que toutes les écoles soient équipées.

Lilou, 16 ans, élève en classe de première, interpelle le ministre sur la question de l'oral de français au baccalauréat : "Mon but, c'est que les élèves continuent à travailler sur les textes", dit-il, affirmant que la décision définitive ne sera prise qu'à la fin du mois de mai, selon les décisions sur l'ouverture des lycées au mois de juin - il affirme que son espoir est effectivement que les lycéens puissent retourner en classe en juin : 

Peut-être sera-t-on amené à transformer l'oral de français en contrôle continu, mais de toutes les façons, vous ne perdrez pas votre temps à travailler sur ces textes.

Xavier, proviseur dans un lycée professionnel de région parisienne, déplore avoir perdu beaucoup d'élèves, pas seulement les absentéistes, mais aussi les assidus qui n'ont pas eu la possibilité de travailler à distance, ou les mineurs isolés, demande s'il est envisageable d'obtenir une ouverture, même très partielle, des lycées professionnels, le temps d'au moins récupérer des devoirs. "C'est malheureusement en lycée professionnel qu'on a beaucoup de décrochage", dit le ministre, qui dit "travailler sur ce genre d'hypothèses" et n'excluant pas de pouvoir mettre en place ce type de dispositif d'ici à la fin du mois. 

Quid de la rentrée de septembre ? Interrogé par un auditeur sur la rentrée, il admet qu'on "ne saura pas en septembre où en sera le virus" et que plusieurs scénarii sont envisagés. "Pour la rentrée, on va préparer le scénario mixte, celui où l'élève est en partie présent en petits groupes, où certaines activités peuvent avoir lieu en dehors de l'établissement, et avec de l'enseignement à distance qui continuerait à être très important", explique Jean-Michel Blanquer. "Si le virus n'est plus là, on pourra avoir un fonctionnement plus normal", dit-il. Si les universités ne sont pas du portefeuille de l'Éducation nationale, il affirme qu'il y aura pour les BTS et classes préparatoires une rentrée physique, ajoutant que plus les élèves sont âgés, plus la logique de "cours inversés en vidéo puis en petits groupes peut se développer". 

Et les vacances ? Emmanuel Macron a parlé de "vacances apprenantes"... "Cela suscite des questions qui sont normales", reconnaît le ministre de l'Éducation nationale, qui évoque des colonies de vacances : "Telles qu'elles existent déjà, les colonies de vacances ont une dimension éducative (...) il y a le renforcement de cette dimension. Et puis dans certains cas, on va aussi proposer du soutien scolaire gratuit. On l'a déjà fait ces dernières années, notamment la dernière semaine d'août, et ça se passe selon des modalités qui ne sont pas du tout désagréables pour les enfants". Il s'en remet aussi à l'intelligence collective, assurant que "l'idée n'est pas d'être dans le paternalisme, mais d'être dans le soutien, dans le collectif : de tous ces problèmes causés par le virus, on sortira ensemble, unis ou pas".  

  • Légende du visuel principal: Jean-Michel Blanquer dans le studio de France Inter © Radio France /
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