Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, est l'invité du grand entretien de Nicolas Demorand à 8h20. Il réagissait au prolongement de la grève à la SNCF, mais aussi à plusieurs sujets d'actualité, dont la loi Asile et immigration.

Sur la grève à la SNCF

La CFDT, si elle s'assume plus réformiste que les autres syndicats, participe tout de même au mouvement de grève : "La CFDT Cheminots a fait 20 propositions, on attend aujourd'hui les réponses. Ce que dit la CFDT, c'est qu'il faut négocier, qu'il faut avoir des réponses sur la dette. Maintenant, on attend les réponses (...). Nous participerons tant qu'il n'y aura pas de discussion". 

Selon le leader syndical, "le vrai sujet, c'est quel ferroviaire nous voulons demain". "Dans les classements européens sur le ferroviaire, la France est plutôt en situation de tête, mais elle souffre d'une faiblesse d'investissement", détaille-t-il. "Ce que je voudrais, note-t-il, c'est un gouvernement qui nous dise qu'il veut un système ferroviaire performant, qui véhicule bien les citoyens, vecteur de la transition écologique". 

"J'ai une grande conscience sur le fait que le mouvement pénalise les entreprises, pour s'en sortir rapidement il faut discuter". 

Il dit aussi avoir peur "qu'on se serve de cette situation à la SNCF pour faire un jeu de bloc contre bloc, avec un gagnant à la fin. Ce que je voudrais, c'est que les perdants ne soient pas les citoyens qui utilisent la SNCF", explique-t-il, souhaitant aussi que les cheminots soient mieux respectés. "J'en ai assez qu'on balance à la figure des cheminots leur statut (...) j'en ai un peu assez qu'on fasse croire que tous les cheminots sont privilégiés".

Que pense-t-il du dialogue social sous Macron ? "Il est distancié : je pense qu'il y a une forme de défiance à l'égard des corps intermédiaires, mais pas seulement à l'égard du syndicalisme, également à l'égard des associations, comme sur la question des migrants. Peut-être que sur les syndicats c'est une façon de surfer sur l'opinion. La France est un peu schizophrène, on attend une forme de puissance du Président, et les corps intermédiaires sont questionnés, ils doivent se renouveler, mais vouloir s'en passer, c'est aller à l'échec".

Sur la politique d'immigration

Alors que la loi Asile et immigration a été adopté en commissions à l'Assemblée nationale, Laurent Berger dit avoir "un peu honte dans cette période sur la question des migrants". Il détaille : "D'abord, ce n'est pas le programme du président de la République. Ce qu'on essaie de faire c'est de tarir au maximum l'arrivée de migrants, et pour ceux qui sont là on va avoir une politique d'ouverture. Mais ce n'est pas ça dont il s'agit, il suffit de se promener dans Paris pour s'apercevoir qu'on n'est pas dans un pays digne en terme d'accueil des migrants". 

"C'est d'abord un principe d'humanité qui doit nous guider, et ensuite il y a un principe européen (...), je sais bien que la loi va passer, mais on continuera à dire ce qu'on pense (...) On ne se laissera pas avoir par les mots : la submersion, le premier à en avoir parlé ce n'est pas Gérard Collomb, c'est l'extrême-droite". 

Sur les autres mobilisations

Alors que de nombreuses facultés sont bloquées, Laurent Berger distingue deux cas de figure : "Quand on se réunit dans un amphi et qu'on se fait attaquer par des milices d'extrême-droite sans doute poussées par les dirigeants des facultés, je trouve qu'il y a des raisons de réagir", dit-il. "Si c'est pour contester la loi sur l'enseignement supérieur, ce n'est pas forcément bon", dit-il, assurant qu'un retour à la situation précédente et au tirage au sort n'est pas, selon lui, une bonne idée.

Il dit ne pas croire non plus à une "convergence des luttes" : "C'est souvent le renoncement à atteindre ses buts. Il faut des moyens supplémentaires dans les EHPAD, dans les hôpitaux, il faut résoudre la question à Carrefour, regarder la reprise de Doux, c'est ça l'action syndicale, c'est du concret tous les jours dans les entreprises. Je ne fais pas de politique, je fais du syndicalisme dans les entreprises, et c'est déjà assez noble". 

Sur les manifestations survenues ce week-end en Loire Atlantique et encadrées par des policiers de la BAC, il déclare également croire que "parfois il y a des outrances de chaque côté : samedi a été pendue l'effigie du président de la République, je crois qu'on peut se passer de ce type d'outrances. Le droit de grève et à manifester doit être respecté, mais le droit à la sécurité et à ce que ça se fasse sans violence doit être respecté aussi".

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