"Chaque mois de confinement coûte entre deux et trois points de PIB. Plus ça dure, plus le rétrécissement de l’économie est important", a estimé Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, invitée de la matinale de France inter jeudi matin.

"Plus ce temps [du confinement] sera long, plus les dommages économiques seront importants." Le constat de Christine Lagarde est clair : "Le redémarrage sera laborieux pour certains secteurs, rapide pour d’autres, mais on est assez incertain sur les conditions précises du redémarrage. Il y a des secteurs de l’économie qui seront plus lents à repartir", a estimé la présidente de la Banque centrale européenne, jeudi matin sur France Inter. "Ça dépendra entièrement des mesures de confinement décidées par les autorités politiques, en liaison avec les comités scientifiques qui les conseillent."

"Il faut comprendre que cette crise va infliger des dommages très importants à toutes les économies du monde, dont celle de la zone euro et de la France. Elle est sans précédent", analyse Christine Lagarde. "C’est un peu comme un sportif qui, d’un coup, devrait s’arrêter de s’entraîner et voit ses muscles s’atrophier. (...) Toute la mission consiste à continuer de faire un peu d’entraînement, pour que le jour où il faut reprendre on ne soit pas trop affaiblis, et qu’on puisse repartir de plus belle."

"Tenir autant que nécessaire"

"C’est une crise qui est très brutale, temporaire, mais qui va infliger des dommages à notre économie qui seront profonds dans certains domaines. On a mis du temps à se remettre de la crise de 2008, surtout qu’elle a été prolongée par une crise des dettes souveraines. Ici, la rapidité du rebond va dépendre de deux facteurs : le temps qu’elle va durer et les mesures que l’on prend pour maintenir l’économie en l’état de reprendre. Ce sont toutes les mesures que l’on prend actuellement à la fois au niveau budgétaire et monétaire", détaille Christine Lagarde. 

Néanmoins, l'ex-ministre et ancienne dirigeante du Fonds monétaire international estime qu'il faut que le temps du confinement dure autant que nécessaire : "Il ne faut pas se poser la question de savoir si l'on va tenir, il faut tenir. S’il faut rester confinés pendant deux mois, il faudra que le chômage partiel soutienne les salariés pendant deux mois, que les entreprises bénéficient de financements pendant deux mois. Il faut qu’on protège cette économie qui est en partie sous cloche. Il va y avoir un après, on va avoir des vaccins, des déconfinements graduels par pays, il ne faut pas imaginer que l’état actuel sera permanent."

Christine Lagarde préconise de "d’abord se pencher sur la situation des entreprises les plus fragiles et les plus vulnérables, pas parce qu’elles étaient mal gérées ou au bord de la liquidation, mais pour celles qui ont un accès plus compliqué au crédit, comme les PME et les auto-entrepreneurs". 

Une annulation globale des dettes ? "Impensable"

"Si, dès la crise passée, la croissance revenue, on se met à resserrer tout de suite les politiques budgétaires, on va retomber dans un écueil à éviter absolument. Il faudra dans le temps, progressivement, procéder au remboursement des dettes et se remettre dans une pente plus stable et plus propice. Ça prendra beaucoup de temps, car des pays au sein de la zone euro vont voir leur taux d’endettement augmenter de façon significative. L’amortissement de la dette se fera forcément dans une durée longue."

Christine Lagarde juge par ailleurs "totalement impensable" une annulation globale des dettes. "Ce n’est pas le moment de se poser la question, on est en train de se concentrer sur le maintien de l’économie, on se posera ensuite la question de la reconstruction. Ensuite, on se poser la question de l’amortissement de la dette et de la façon dont on gère les finances publiques de la manière la plus efficace possible."

  • Légende du visuel principal: Christine Lagarde © AFP / Tolga Akmen / AFP / POOL
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