Pierre Mathiot, directeur de Sciences Po Lille et rapporteur du projet de réforme du bac, est l'invité du grand entretien de Nicolas Demorand et Alexandra Bensaid à 8h20.

Il est l'un des pères de la réforme du lycée, et il la défend donc ce matin sur France Inter. "C'est une réforme qui est lourde, _qui est structurelle, elle concerne un secteur qui n’a pas été réformé depuis un demi-siècle_, un secteur très routinisé", explique-t-il, rappelant que plus largement "décider est difficile, et mettre en œuvre l'est encore plus". D'où, selon Pierre Mathiot, les inquiétude qu'elle suscite : "Il est complètement normal, quand une nouvelle politique publique se met en place, que ses usagers soient inquiets ou stressés. L’Éducation nationale on a l’impression que c’est une espèce de moloch, mais on n’arrête pas d’ajuster les choses !"

Pour le directeur de Sciences Po Lille, il y a aussi une forme de conservatisme dans la mobilisation des enseignants, des parents et des élèves contre cette réforme. Quand on l'accuse de préparer une "privatisation de l'enseignement secondaire", il réplique que _"_la privatisation de l’enseignement secondaire, elle est déjà en train de se faire, parfois malheureusement du fait d’insuffisances perçues par les parents dans l’enseignement public."

Il voit même dans l'opposition une forme de corporatisme : "L’opposition à la réforme est souvent présentée comme une défense des pauvres et des démunis, mais je pense que c’est aussi parfois une opposition un peu conservatrice, de personnes qui ont peur d’un nouveau système qui bouscule leurs habitudes professionnelles."

"92 % des lycées vont proposer les sept spécialités de base"

La réforme n'est pas parfaite, selon Pierre Mathiot, mais elle a pour objectif de changer un système qui pose déjà de nombreux problèmes.  _"Le système actuel est déjà depuis de très nombreuses années un système qui classe les gens et les élèves_", rappelle-t-il. "Dans la période précédente les élèves devaient choisir entre trois séries, et dans certains cas ces choix n’étaient pas validés par le conseil de classe. Il y avait une forme de choix qui engageait déjà les élèves."

Quid de l'inquiétude autour d'une forme d'inégalités entre établissements, avec le nouveau système de spécialités, dont certaines ne seront pas disponibles partout ? "Aujourd’hui, 84 % des lycées d’enseignement général proposent les trois séries. On n’est déjà pas à 100 %.  Avec la réforme, 92 % des lycées vont proposer les sept spécialités de base."

Il estime également que les choix qu'on demande aux élèves de faire dès la seconde sur leur orientation ne les engagent pas plus que ceux du système précédent : _"_Dans la période précédente les élèves devaient choisir entre trois séries, et dans certains cas ces choix n’étaient pas validés par le conseil de classe. Il y avait une forme de choix qui engageait déjà les élèves. Le nouveau système donne l’impression que ce sont des choix qui engagent la vie entière : mais je rappelle que quand on allait en série L, par exemple, on faisait déjà des choix qui empêchaient de choisir tel ou tel cursus dans l’enseignement supérieur."

  • Légende du visuel principal: Pierre Mathiot © AFP / François Guillot
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