Le Directeur général de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), Martin Hirsch, est l'invité du Grand entretien de la matinale.

Le patron de l'APHP est venu avec ses chiffres. "Dans la région Ile-de-France, la semaine dernière on voyait en moyenne 110 entrées en réanimation par jour, et 500 entrées en hospitalisation. Ces trois ou quatre derniers jours, on voit plutôt 80 entrées en réanimation et 400 entrées en hospitalisation. Donc oui, on peut parler d’une amorce d’infléchissement."

"On est prudent", tempère-t-il toutefois. "Parce qu’on a déjà vu, fin septembre, quelque chose d’un peu mieux que fin août… Puis ça a redémarré en octobre. Cet infléchissement peut être espéré si les comportements continuent à être prudents. On peut se réjouir d’avoir fait le couvre-feu puis le confinement."

Martin Hirsch poursuit : "C’est compliqué de savoir si c'est lié à ce qui s'est passé du jour au lendemain avec le confinement. Mais on peut espérer que ces progrès continuent à condition que les efforts continuent strictement."

Transferts de patients entre régions : "On y travaille"

D'autant que selon lui, "ça ne veut pas dire qu'on a déjà passé le pic". "Le pic, c'est ce moment où le même jour il y a le plus de patients en réanimation et en hospitalisation : il est encore devant nous. Les modèles annoncent encore 7 à 8 jours d’augmentation du nombre de patients. Mais ce ne sera pas la même chose dans toutes les régions. Ce n’est pas sous contrôle partout."

D'où la possibilité de transferts de patients entre régions : "Cette hypothèse est possible et on y travaille. Il faut que l’ensemble des capacités du territoire soit le mieux organisées possible. Nous, en région Ile-de-France, on se dit disponibles dans les jours qui viennent si l’on peut aider des régions en situation plus difficile. Ça me paraît logique : nous avons bénéficié de la solidarité de toute la France pendant le mois de mars !"

"Nous avons indiqué à nos hôpitaux qu’ils devaient prévoir, dans leur programmation, de pouvoir accueillir des patients [d’autres régions]."

Dans la région Ile-de-France justement, où en sont les déprogrammations ? "L’activité est à moitié déprogrammée : elle reste à 50 % active", explique Martin Hirsch. "Les médecins s’organisent pour faire en sorte que tous les jours, ils regardent les patients prévus et font en sorte que les patients pour lesquels il y a besoin de soins prioritaires soient pris en charge. Au printemps, des patients ont pu se mettre en danger."

"Ce qui nous inquiète, c’est les patients qui ne feraient pas la première étape du dépistage ou des examens pour confirmer un diagnostic : le message qu’on fait passer, c’est que si vous avez l’âge de vous faire dépister, si vous avez des symptômes quels qu’ils soient, engagez-vous dans la filière de soin."

"Traiter tous les Covid, pas pas "tout Covid""

Il s'inquiète aussi d'un phénomène où "le patient ou la patiente qui doit s’engager dans la filière peut être réticent, se dire que ça attendra quelques mois… Ça ne doit pas attendre ! C’est pour ça qu’on se mobilise. Quand on dit qu’il y a un infléchissement, c’est autant de chances gagnées pour les gens touchées par toute pathologie possible, Covid ou autre."

"Notre cap, c’est de traiter tous les Covid, mais pas “tout Covid”", rappelle le patron de l'AP-HP. "Depuis cet été, nous avons en ligne de mire de ne pas arrêter les autres activités. C’est pour ça que les gens travaillent énormément pour prendre en charge les autres patients. Comment faire en sorte de ne pas avoir à faire des choix au détriment des patients ? C’est toute la manière dont on s’est mobilisé, dont on a ouvert des lits, dont les professionnels font des heures supplémentaires ou renoncent à leurs congés. Avec le confinement, je pense qu’on peut avoir un peu de décalage pour la prise en charge de certains patients moins urgents, et bien faire notre mission."

"C’est pas la même chose de dire à une famille “on va discuter avec vous de la situation de votre père, de votre mère, parce qu’en l’intubant il y a trop de risques de séquelles”, que de lui dire “écoutez, votre père, ce serait formidable qu’on le ventile mais il n’y a plus de lits”. C’est ça qu’on veut éviter et qu’on est en mesure d’éviter, qu’on évite pour l’instant."

Fermeture des urgences de l'Hôtel-Dieu : "Il y avait moins de 2 patients par heure"

Sur la manifestation ce week-end pour protester contre la fermeture des urgences à l'Hôtel-Dieu, il dit avoir du mal à la comprendre. "Dans tous les services d’urgences d’Ile de France, il y a moins de passage en ce moment parce que les gens sont confinés. Donc on a plus besoin de gens dans les unités d’hospitalisation et de réanimation que dans les services d’urgences."

"Aux urgences de l’Hôtel-Dieu, il y avait 35 patients par jour, moins de 2 par heure. Il y avait 15 infirmières, 18 aides-soignantes, on est allé les voir pour demander à ce qu’on se concentre sur un autre service et qu’on renvoie ces patients vers les urgences de Cochin. Ils ont dit oui !"

"Je suis choqué de cette manière de vouloir décrédibiliser", regrette Martin Hirsch. "Vous avez l’ensemble des médecins de l’AP qui sont demandeurs de ce que nous faisons, qui le soutiennent, qui font des efforts… Encore une fois, faire croire que nous avons mis en danger des patients dans l’île de la Cité, au cœur de Paris… En Seine-Saint-Denis, les hôpitaux étaient au bord d’être complètement remplis ! Or nous avons fait en sorte que des patients de Seine-Saint-Denis puissent aller à Cochin, grâce aux personnels de l’Hôtel-Dieu que je remercie d’avoir fait cet effort pour aller soutenir leurs collègues. Ça, c’est la vraie solidarité."

  • Légende du visuel principal: Martin Hirsch © AFP / Alain JOCARD
Les invités
  • Martin Hirschdirecteur général de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris
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