Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères, est l'invité du grand entretien de Nicolas Demorand et Alexandra Bensaid à 8h20. Il conteste les accusations de complicité sur le génocide rwandais, et décrypte plusieurs éléments de l'actualité internationale.

Hubert Védrine
Hubert Védrine © AFP / Lionel Bonaventure

Après que la médecin Annie Faure a accusé lundi sur France Inter François Mitterrand et ses proches, dont Hubert Védrine, d'avoir été "complices" du génocide Rwandais, l'ancien ministre des Affaires étrangères et Secrétaire général de l'Elysée Hubert Védrine conteste toute accusation : "Je suis extrêmement choqué de ce qu’a dit madame Annie Faure lundi matin, je réponds que ce sont des accusations insensées, je réfute totalement ces assertions fausses, qui ne reposent sur rien, qui sont diffamatoires, et je me réserve la possibilité d’en tirer toutes les conséquences".

Citant des médias et des chercheurs étrangers, il note qu'ils "ne reprennent jamais les accusations dominantes dans les médias français". Sur la commission d'étude demandée par Emmanuel Macron, il estime que "Macron a hérité d’une situation pourrie : en 2008 Kigali a fait fabriquer un rapport d’accusations contre la France, aujourd’hui le président Macron arrive longtemps après et demande de faire le point par rapport à ça".

Qu'a-t-il fait pour éviter le génocide, demande un auditeur ? "La France est le seul pays au monde à avoir compris dès 90 avec les attaques du FPR qu’on arrivait sur une guerre civile. Ce qu’il s’est passé est atroce, la France est le seul pays qui a tenté, c’est un pompier qui a échoué, mais on peut faire tous les reproches qu’on veut sauf celui de complicité", explique-t-il. 

Sur le Brexit, Hubert Védrine estime qu'il "n'y a pas besoin de s’épuiser en analyses, dès qu’on commente quelque chose le lendemain c’est contredit par autre chose". "Je me bornerai à dire que c’est regrettable, que c’aurait pu être empêché dans les années avant Cameron, même du côté Européen on aurait pu être pragmatique, répondre à certaines demandes des Anglais".

Juncker disait qu’on avait rendu des gens allergiques à l’Europe par règlementation à outrance.

"Ce ne sont pas les Anglais qui empêchent les européens de faire quelque chose. (...) L'idée de punition était injuste sur le plan démocratique, sur le plan des principes, parce qu’après tout même Giscard a introduit dans les conventions et dans le traité de Lisbonne l’idée qu’on peut sortir. On ne va pas matraquer, hurler contre les gens qui veulent sortir", dit-il, tout en reconnaissant que "sur le fait qu'ils veulent jouer sur les deux tableaux en restant un peu au détriment des règles du marché unique, là je comprends, et je salue la position homogène des 27".

"Je ne crois pas que l’Europe changera beaucoup dans son organisation", explique-t-il par ailleurs, interrogé sur les élections européennes. "Je défends l’idée qu’il y ait une sorte d’équilibre qui s’installe. Il n’y aura pas de retour en arrière car même les peuples les plus énervés ne veulent pas lâcher l’euro, qui est quand même une bouée de sauvetage dans le monde chaotique, et il n’y aura pas de grand saut en avant parce qu’on n’a pas de fédéralistes".

La campagne tourne-t-elle à l'affrontement entre progressistes et populistes ? "C'est trop simpliste comme présentation", répond-il. "Bernard Guetta a fait une enquête avec un chapitre sur la Hongrie, où il arrive à faire comprendre le mécanisme par lequel les Hongrois en sont venus aux positions que l’on connait, anti-européennes, anti-immigration".

Sur les résultats de l'élection en Israël, Hubert Védrine commente : "C’est un populiste nationaliste soutenu par toutes les formes d’extrême droite nationalistes ou religieuses en Israël, très efficace, très habile en campagne. Ce serait un pays européen, il serait clairement à la droite de la hongrie. Tous les gens que j’ai connus depuis 20-30 ans qui sont soit dans la gauche traditionnelle, soit dans le camp de la paix, sont laminés".

"Maintenant ce que fait miroiter Netanyahu c’est l’annexion pure et simple, rien ne peut l’empêcher, il peut mener sous nos yeux un processus colonial, la seule question c’est quand est ce qu’ils vont dire qu’ils veulent des droits égaux. Je crois que les autres pays dans le monde doivent maintenir une position de principe sur la colonisation, dans l’espoir un jour que le fil soit repris, mais on n’a pas de levier". 

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