L'économiste Gabriel Zucman est l'invité du Grand Entretien : il publie avec Emmanuel Saez "Le Triomphe de l’injustice. Richesse, évasion fiscale et démocratie" (éd. du Seuil).

Gabriel Zucman, économiste français qui travaille aux États-Unis, détaille "le triomphe de l’injustice fiscale : les grands gagnant de la mondialisation voient leur impôt baisser, alors même que les catégories sociales qui n’en ont pas profité voient leurs taxes augmenter". Il explique : "Les États-Unis, c’est le pays développé où les inégalités ont le plus augmenté depuis les années 80. Ils avaient le système fiscal le plus progressif du monde. Aujourd'hui, il ressemble à une gigantesque flat tax avec une exception : les milliardaires".

L'économiste est revenu sur l'économie américaine dans la période Roosevelt-Reagan : "En 42, le discours de Roosevelt propose un revenu maximal légal (...) à 93%, qui reste en vigueur dans les administrations suivantes (...) Il reflète une idée ancrée aux États-Unis : que la concentration des fortunes est mauvaise pour la démocratie".

"La majorité des milliardaires américains se battent pour garder leurs impôts le plus bas possible; Bill Gates, Warren Buffet sont des exceptions"

Sur la nouvelle forme d’impôt sur la fortune proposée par certains des candidats américains à l’égard des très riches, Gabriel Zucman explique : "Ces propositions sont extrêmement populaires : 70% des électeurs démocrates disent oui, plus de 50 % des indépendants et des républicains sont aussi en faveur de ça".

"Les grandes fortunes américaines ont crû depuis les années 80, à un rythme de 7 à 8 % par an"

À propos du bilan des mesures fiscales  de la présidence Trump, Gabriel Zucman estime qu'il est "difficile d’analyser ça autrement qu’une dérive ploutocratique". 

Il ajoute "Bernie Sanders pense qu’il peut mobiliser une partie de l’électorat qui a arrêté de voter".

"En France sur les questions fiscales, ce qui me frappe c’est un certain nihilisme. Ce que je préférerais entendre, c’est un discours plus constructif"

Enfin, à propos de la mobilisation des chercheurs français qui réclament un soutien financier plus pronocné de l'état, Gabriel Zucman estime que "l'un des grands enjeux pour la recherche universitaire, c’est d'augmenter l’argent. C’est pas une bonne façon de préparer l’avenir. Il y a un manque d’ambition flagrant en matière d’investissement dans l’enseignement supérieur et de la recherche, mais les budgets ne suivent pas du tout".

  • Légende du visuel principal: Gabriel Zucman © AFP / JOSH EDELSON / AFP
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