Gérard Larcher, président du Sénat, est l'invité du grand entretien de Nicolas Demorand à 8h20.

Le RIP, et l'équilibre de la démocratie 

Le Conseil constitutionnel a validé jeudi la proposition de référendum d'initiative partagée portée par des parlementaires opposés à la privatisation d'Aéroports De Paris, ouvrant la voie à la poursuite d'un long processus, inédit, pouvant conduire à la consultation de la population. Cette consultation doit maintenant être demandée par un dixième des électeurs français, soit de 4,7 millions de personnes, pour voir le jour.

Le RIP (Référendum d'Initiative Partagée) fait partie des propositions que le groupe de travail sénatorial a faites. 40 000 propositions ont été transmises au chef de l’État. 

Sur les faits, Gérard Larcher rappelle que le Sénat a voté contre la privatisation d’Aéroports De Paris. Sur l’usage, la privatisation se fera à l'issue d'un RIP. "Ce n’est pas conforme à l’esprit constituant de 2008", selon le président du Sénat. 

Si cette procédure devait prospérer, il y a un risque à termes de paralysie de la démocratie. 

La démocratie parlementaire tremble-t-elle sur ses bases ?

Gérard Larcher : "Sans doute pas, mais puisque nous allons vers une révision constitutionnelle, il faudra prendre en compte les propositions faites par le Sénat et votées en février dernier. La révision constitutionnelle sera l’occasion de faire le point sur l’équilibre entre démocratie représentative et démocratie participative"

Le RIP sera assoupli, ses modalités seront assouplies : êtes-vous inquiet de ce qui se profile du nouveau RIP ?

Gérard Larcher : "Nous avons fait des propositions d’abaissement du seuil parce que 10% du corps électoral c’est considérable, ainsi qu'un abaissement du nombre de parlementaires et aussi des propositions pour éviter que ce soit une sorte de 3e tour. Et notamment  que le fait qu’on ne soumet pas à référendum un texte adopté par le Parlement dans un délai d’un an soit réellement respecté ."

Réduction du nombre de parlementaires : "Ma ligne de crête, c'est la proximité"

Interrogé sur le projet de révision constitutionnelle, Gérard Larcher rappelle notamment que "Nous avons toujours été ouverts à une réforme constitutionnelle, mais elle s’est arrêtée dans les conditions qu’on sait (l’affaire Benalla)". 

Ça ne me semblait pas être une urgence, mais j’étais par exemple totalement hostile à la réduction des pouvoirs du Parlement. Ce qui ne veut pas dire ne pas moderniser le Parlement (...)

Gérard Larcher : "Pourquoi faire une révision constitutionnelle ? Pour mieux faire la loi, pour mieux contrôler l’action du gouvernement. Mais aussi pour mieux répondre au besoin de proximité et de territoires. Voilà pourquoi je n’ai pas de chiffre fétiche, mais je ne peux pas imaginer qu’il n’y ait pas une représentation suffisante de chaque département ou collectivité territoriale à statut particulier, et qu’un département comme par exemple la Haute-Saône n’ait pas au moins un député et un sénateur". 

Gérard Larcher : "Voilà pourquoi je suis également réservé sur la proportionnelle : quand vous additionnez réduction du nombre de parlementaires, proportionnelle et non-cumul des mandats, vous savez, un parlementaire qui aura à lui seul tout un département, vous vous dites que la représentation c’est quelque chose d’important."

20% de proportionnelle, c’est une dose acceptable ?

Gérard Larcher : "Je n’aime pas la proportionnelle pour les députés, parce qu’elle donne l’essentiel du pouvoir aux partis politiques et pas aux candidats et à leur relation avec les citoyens."

Décentralisation : "les élus ont démontré qu'ils ont le sens de la République"

Gérard Larcher : "Je suis favorable au fait de faire confiance, alléger la norme. On y met du pragmatisme, nous avons fait des propositions notamment pour ajuster la loi sur la nouvelle organisation territoriale de la République, qui vise à la simplification, à la différenciation en fonction des territoires. Ces propositions, il va falloir que le gouvernement accepte de les examiner, de les faire siennes, et puis nous aurons un débat. Mais je ne suis pas sûr que dans la tête du président il n’y ait pas une forme de confusion entre déconcentration et décentralisation. La décentralisation, c’est vraiment “faire confiance” aux territoires." 

Est-ce que vous croyez Emmanuel Macron sincère dans sa volonté d’ouvrir un nouvel acte de son mandat ? 

Gérard Larcher : "Il a besoin de recréer la confiance, le pire serait de perdurer dans la défiance actuelle. Les élus ont démontré leur sens de la République, souvenez-vous de novembre et décembre. Il ne faut pas qu’ils oublient ce qu’ils incarnent. Avec ces 550 000 élus locaux, on peut renouer la confiance avec le pays.

Les Européennes avec François-Xavier Bellamy

Vous aviez les plus vives préventions sur FX Bellamy, et vous voilà l’un de ses plus fervents défenseurs : vous avez été touché par la grâce ?

Gérard Larcher : "Chez moi, c’est assez rare, la grâce. C’est vrai, j’ai exprimé des réserves, je suis différent de FX Bellamy. Mais il porte un vrai projet concret, à la fois porteur de valeurs sur l’Europe, c’est vrai que nous sommes une civilisation commune sur bien des points et enrichie par ces points mais aussi par ces différences. Il est très concret et pragmatique. Mais surtout, il nous évite ce débat binaire : si on est pour l’Europe on n’a pas d’autre choix que la liste de Mme Loiseau. Moi je crois en l’Europe, j’appartiens à la famille du PPE, je crois à l’Etat de droit, à la démocratie, il faut une Europe forte, qui compte, qui porte des valeurs et ne se préoccupe pas simplement de ses avantages matériels.  Je soutiens cette liste parce que je suis un homme de rassemblement : rassembler du centre à la droite républicaine c’est aussi ma responsabilité". 

  • Légende du visuel principal: Gérard Larcher © AFP / Betrand Guay
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