Christophe Castaner, président du groupe LREM à l'Assemblée nationale, est l'invité du Grand entretien de France Inter.

Le patron des députés de la majorité réagit d'abord à l'élection de Joe Biden face à Donald Trump : "Il faut faire attention de ne pas tomber dans le travers de penser que cette élection aurait opposé les “bouseux de la ruralité” avec les “cols blancs des villes” : ce n’est pas le cas, l’élection est beaucoup plus complexe que cela, il y a aussi une adhésion au trumpisme et au populisme. L’enseignement ou l’espérance que nous devons en tirer, c’est d’abord le multilatéralisme : Trump avait enfermé la position des États-Unis dans des décisions unilatérales."

Plus largement, il estime que "nos démocraties sont en crise profonde, on a même dans notre pays en France la fin d’un cycle, où l’on voit bien les limites de la démocratie représentative". "On voit la contestation systématique des élites, de toute la classe politique, même le maire est contesté ! Il est nécessaire d’entendre cela et de voir comment l’on peut donner la parole le plus souvent possible. La convention citoyenne sur le climat, c’est une façon de montrer qu’on peut faire de la politique différemment. Il ne faut jamais avoir peur de réformer les outils de la démocratie."

Jean-Luc Mélenchon "a mis la barre suffisamment basse pour ne pas avoir de difficulté"

Que pense Christophe Castaner de la candidature de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle de 2022 ? "Dans un moment de crise profonde que connaît le pays, Jean-Luc Mélenchon fait ce qu’il fait de mieux : parler de lui-même. Il a conditionné son engagement un soutien populaire massif : mais 150.000, c’est ridicule, ça fait 2 % des électeurs qu’il a eus lors de l’élection supplémentaire, donc il a mis la barre suffisamment basse pour ne pas avoir de difficulté… C’est un tout petit “mais” pour un énorme “moi”. Je trouve qu’il tombe à plat."

"La politique a quelque chose d’important. Je suis pour le débat politique permanent, la critique politique permanente : il arrive très régulièrement que Jean-Luc Mélenchon porte des voix fortes avec une ligne politique qui est propre. Mais je suis convaincu que les Français ne voient pas une lumière au bout du tunnel parce qu’il a annoncé sa candidature. Je ne suis pas sûr qu’il fasse rêver les Français depuis dimanche soir, je suis même convaincu de l’inverse."

"Le confinement est une mesure incroyablement douloureuse"

Du côté de l'économie, le confinement étouffe de plus en plus les petites entreprises. "J’entends et je comprends cette colère", assure Christophe Castaner. "Mais on ne parle pas du petit commerce, on parle d’une crise mondiale, celle du Covid : toutes les 30 secondes en France un malade du Covid rentre à l’hôpital. Il faut mener un combat majeur, fort, puissant, pour faire en sorte que l’épidémie recule, pour éviter l’implosion du système hospitalier français. Le confinement est une mesure incroyablement douloureuse, en particulier pour les petits commerçants. Nous faisons en sorte de prendre en compte la réalité de cette souffrance avec un accompagnement économique exceptionnel."

"C’est le même confinement que celui du mois de mars, avec une différence pour l’école et pour le travail", rappelle le président du groupe LREM à l'Assemblée nationale. "Certains nous ont proposé toutes sortes d’amendements, pour les discothèques, les bijoutiers… Je n’aime pas le caractère “essentiel/pas essentiel”, parce que pour un commerçant, son activité est essentielle. On a fait le choix de garantir l’alimentaire parce qu’il y avait un besoin. L’objectif du confinement, c’est qu’on reste un maximum chez soi pour éviter la propagation du virus. Or si vous laissez ouverts les petits commerces, vous allez faire vos courses, et vous faites une boutique, deux boutiques, dix boutiques… C’est injuste parce que les commerçants ont pris toutes les mesures de protection sanitaire : mais ce qu’il faut éviter, c’est qu’on aille en ville faire les courses. J’invite les Français à être eux-mêmes les premiers protecteurs contre la maladie."

"Rouvrir le 1er décembre, ça voudra dire qu’on aura gagné le combat contre le Covid"

"Arnaud Montebourg a proposé qu’on ferme aussi les supermarchés. Or il y a des Français qui font leurs courses au supermarché, notamment parce qu’ils n’ont pas les moyens d’aller faire des courses de proximité", précise Christophe Castaner. "C’est une réalité aussi : il ne faut pas chercher à opposer les uns aux autres. Mais il faut protéger les commerçants, notamment par des mesures exceptionnelles, ce que fait le gouvernement, et protéger les Français."

"Je souhaite qu’on puisse rouvrir le 1er décembre, parce que ça voudra dire qu’on aura gagné le combat contre le Covid. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas, le frémissement dont on parle n’est pas suffisant."

Sur l’état d’urgence prolongé plusieurs mois, il assure que ce n'est "pas un abus de pouvoir". "C’est 24 heures de débat pour autoriser le gouvernement à agir sous le contrôle permanent du Parlement. Si nous décidons de convoquer des ministres, ils sont convoqués ; si nous voulons faire une commission d’enquête, il y aura une commission d’enquête. Il y a dix jours, quand le confinement a été décidé, le Premier ministre est venu devant le Parlement et a engagé sa responsabilité en proposant un vote. Oui, la démocratie fonctionne, et il est nécessaire parfois en démocratie de faire confiance à l’exécutif. La Ve République est ainsi faite."

"Il existe un conseil de défense et de sécurité nationale, c’est une des instances au sein desquelles le Premier ministre, les membres du gouvernement et le président de la République travaillent. Il existe des lieux de décision qui sont le conseil des ministres et le Parlement."

"Le président écoute, consulte. Il y a des réunions régulières. Il n’y a pas de volonté de cacher la démocratie."

"Si vous mettez les images d’un policier reconnaissable et que vous le menacez de mort, ça pourra faire l’objet d’un délit"

Sur la question de l'article 24 de la proposition de loi sur la "sécurité globale", l'ancien ministre ne partage pas l'inquiétude de la Défenseure des droits et de nombreux journalistes : "Il n’est pas du tout interdit, dans l’article 24, de filmer les forces de sécurité intérieure en train d’intervenir. Ce qui est interdit et fera l’objet d’un délit, qui devra être apprécié par un juge, c’est la volonté de filmer afin de nuire à l’intégrité physique ou psychique des forces de sécurité intérieure. Si vous mettez les images d’un policier reconnaissable et que vous le menacez de mort, à ce moment-là ça pourra faire l’objet d’un délit."

Il jure qu'avec cette loi, "on aurait parfaitement pu filmer Benalla, et on aurait parfaitement pu communiquer aux magistrats ces images-là. Rien ne change sur cela. Tous les médias, y compris les médias libres et les Français qui voudront filmer les forces de sécurité en intervention seront libres de le faire et de diffuser cela, sauf s’il y a volonté de nuire à la volonté physique ou psychique. Ce ne sera pas évalué par la police, mais par un magistrat."

  • Légende du visuel principal: Christophe Castaner © Radio France / France Inter
Les invités
  • Christophe CastanerAncien ministre de l'Intérieur, président du groupe LREM à l'assemblée nationale
L'équipe