Sophie Cluzel, secrétaire d'État auprès du Premier ministre, chargée des Personnes handicapées, et Jérémie Boroy, Président du Comité National Consultatif des Personnes Handicapées, sont les invités du grand entretien de Nicolas Demorand et Léa Salamé à 8h20.

Sophie Cluzel © AFP et Jérémie Boroy
Sophie Cluzel © AFP et Jérémie Boroy © Maxppp / Alexis Sciard/ IP3

Pour dresser le bilan des 15 ans de la loi, Sophie Cluzel constate encore que "les attentes des associations sont immenses. Ce que l’on veut aujourd'hui c’est pouvoir changer le quotidien. En deux ans et demi, nous avons voulu avancer sur la citoyenneté des personnes handicapées. Quand vous avez un handicap avéré, vous n’avez plus besoin de le prouver. Ils nous faut embarquer les départements, qui sont les chefs de file de solidarité".

"L'accessibilité n’est pas une réalité pour tout le monde", explique Jérémie Boroy, du CNCPH, qui cite "le reste à charge, l’accès à l’école, l’emploi, ...néanmoins le regard change : on voit davantage de personnes dans les médias qui ont un handicap, visible ou non".

"Aujourd'hui, nous ne sommes pas assez dans l’accompagnement, de la personne, de l’entreprise. Tous concernés, tous mobilisés, c’est l’enjeu" (Sophie Cluzel, secrétaire d'État auprès du Premier ministre, chargée des Personnes handicapées)

L'enjeu de la scolarisation

Sophie Cluzel estime que si la scolarisation a longtemps été une grande difficulté pour les personnes qui vivent un handicap, c'est parce que "culturellement, on a construit une scolarisation à part, post année 50. Aujourd'hui 380 000 enfants handicapés sont scolarisés, et les enfants handicapés sont majoritairement à l’école, 20 000 de plus chaque année depuis 3 ans". 

"La formation des enseignants est capitale, et là on n’est pas encore du tout à la hauteur"

Sophie Cluzel estime que "les enseignants, quand ils ne connaissent pas le handicap, peuvent être déstabilisés, mais la plupart du temps, c’est la question du handicap qui a amené l'enseignant à revoir sa pédagogie pour l’ensemble de l’école".

"Avec des besoins exprimés par des personnes qui vivent un handicap, on arrive à transformer la société"

Sophie Cluzel dit avoir investi "2,6  milliards pour l’éducation national pour les impacts de l’école inclusive, depuis le début du quinquennat : jamais l’éducation nationale n’a autant investi" sur le sujet. "L’impact de la scolarisation est importante pour le changement des pratiques" poursuit la secrétaire d'État qui annonce une nouvelle enveloppe de 25 millions d'euros "pour outiller les maisons du handicap et avoir les bonnes statistiques".

Parcours du combattant

"En 2005, le maître-mot c’était : cessons le parcours du combattant" explique Jérémie Boroy, "aujourd'hui la compensation doit être la plus intégrale possible". Sa réponse suit le témoignage, poignant, et en colère d'une auditrice dont le frère, âgé de 37 ans, est atteint de la maladie de Charcot : 

"Je quémandais de l’aide pour que mon frère puisse avoir les fesses propres"

Adapter les logements

Les annonces de la loi Élan font craindre aux auditeurs la réduction drastique du nombre de logements neufs accessibles aux personnes handicapées. Sophie Cluzel précise : "On garde l’accessibilité universelle des parties communes, salon et toilettes (...) On construit surtout 'en évolutif', et donc on double en fait le nombre de logements accessibles." 

"Aujourd'hui un français sur 5 est atteint d’un handicap : il faut construire de façon intelligente pour tous les types de handicap"

Jérémie Boroy reconnaît que "le signal envoyé par la loi Élan a été très mal compris (...) Une chose n’est plus tolérable aujourd'hui : créer de nouvelles situations de handicap",  citant pêle-mêle des logements, des sites internet, ou la chaîne d'info en continu du service public franceinfo : .

La question des assistants sexuels

Sur ce dossier, Sophie Cluzel explique enfin avoir "saisi le comité d’éthique pour rouvrir ce débat, qui doit être serein", à la suite de nombreux témoignages reçus, celui d'une femme de 50 ans, handicapée, qui sait qu'elle va mourir et qui n'a jamais su ce que ça faisait d'être tenue dans les bras d'un homme, qui voudrait savoir ce que ça fait avant de disparaître. 

"Certains me disent : 'On voudrait seulement être ensemble, dans un lit'"

Les invités
  • Sophie CluzelSecrétaire d'État chargée des personnes handicapées
  • Jérémie BoroyPrésident du Comité National Consultatif des Personnes Handicapées
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