La romancière Delphine de Vigan est l'invitée du Grand Entretien de la Matinale de France Inter à l'occasion de la parution de son nouveau roman, "Les Gratitudes" chez Jean-Claude Lattès.

Dans "Les Gratitudes", la romancière s'attaque à la question des seniors, mais elle assure avoir surtout eu envie "d'écrire sur la gratitude" : "la gratitude, selon sa définition étymologique, c'est rendre grâce. Pour moi il y a effectivement cette notion de dette, mais aussi cette notion de partage. Dire à quelqu’un 'voilà ce que tu m’as permis de faire', c’est une façon de partager ce moment, cette joie, ce bonheur."

Un concept parfois très éloigné de nos sociétés, alors que paradoxalement, "merci est un des mots qu'on emploie le plus souvent" dans une journée, pour tout et n'importe quoi. "D’une manière générale on a plus de mal à nommer les choses, on est dans une méfiance, une suspicion sur les sentiments qui nous habitent. Exprimer sa gratitude, c’est accepter l’idée qu’on a besoin de l’autre. Dans une société comme la nôtre, c’est compliqué de dire à l’autre 'sans toi je ne serai rien'."

"Approcher la vieillesse par le langage"

"Les Gratitudes" c'est aussi et surtout un livre sur la vieillesse, ce qu'on appelle parfois la fin de vie. Delphine de Vigan aborde la question d'un point de vue original : "Ce qui m’intéresse, c’est d’approcher la vieillesse par le langage. Mon personnage a travaillé avec les mots, pour elle cette perte est encore plus douloureuse. À la maison de retraite, tout est petit, c’est un univers très codifié, très contraint. Ce qui m’intéressait, c’est la manière dont la perte d’autonomie rétrécit l’univers. Vieillir, c'est apprendre à perdre."

D'autant que là encore, notre société a du mal à savoir que faire face à la vieillesse. "C’est sans doute ma propre peur de la vieillesse qui nourrit ce livre : il suffit de regarder ces derniers mois comment on prend en charge la grande vieillesse aujourd’hui dans nos sociétés. _On vit très vieux et en même temps on vit dans un monde où ne pas être rentable pose un très gros problème_. Si j’étais très vieille ce qui me hanterait le plus c’est d’être un poids pour la société."

Une idée qui ne plaît pas du tout à Micheline, enthousiaste auditrice de France Inter, qui lance à Nicolas Demorand un vibrant : "n'ayez pas peur de vieillir !"

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  • Légende du visuel principal: Delphine de Vigan © AFP / Laurent Emmanuel
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