Antoine Garapon, magistrat, secrétaire général de l'Institut des hautes études sur la justice et Arthur Dénouveaux, président de "Life for Paris", association de victimes des attentats du 13-Novembre, sont les invités du grand entretien de France Inter lundi 11 novembre 2019 pour leur essai "Victimes, et après".

Fluctuat Nec Mergitur
Fluctuat Nec Mergitur © AFP / Nicolas Portnoi

Le sens de ce texte est "d'échapper à la violence symbolique qui est au cœur de la victimité", expique les deux hommes. 

Dans leur livre, les deux hommes l'idée : "Leur mal-être provient certes du traumatisme qu’elles ont subi mais encore – aussi paradoxal que cela puisse paraître – du regard social, des institutions censées les protéger, de l’instrumentalisation politique, d’un nouveau 'victim business'. Les victimes aspirent à recouvrer leur être, à vivre sans diminution non pas en niant leur traumatisme – comment le pourraient-elles ? – mais en le dépassant, en refusant de se laisser enfermer par lui… et peut-être par nous." écrivent Antoine Garapon et Arthur Dénouveaux dans leur essai "Victimes, et après", paru aux éditions Gallimard. 

"Le mois de novembre est un mois de souffrance", estime Arthur Dénouveaux, qui fait partie des victimes de l'attentat du Bataclan, le 13 novembre 2015. 

Le terrorisme crée une guerre de civilité et non un guerre civile

Pour Arthur Dénouveaux,  "le but du terroriste est de vous séparer de ce que vous étiez avant, et de vous séparer des autres ; le but c’est de créer une guerre de la civilité; ils sont réussi à prospérer comme ça dans le nord de la Syrie"

Créer une association est une manière de dire "nous", selon lui, _"_c’est une société de taille réduite dont l’objectif est de recréer du lien social". 

"Le procès est une cérémonie de parole"

Pour Antoine Garapon, le procès fonctionne comme un "convertisseur de temps", qui convertit le temps vif de l'attentat en un temps où la mémoire "est ouverte". 

"La victime est", dit-il  victime d’une substitution, "elle a été choisie pour représenter des mœurs que le terroriste déteste, et le procès c’est une rencontre sociale conforme à nos valeurs".

Le crime terroriste est un crime contre l'échange social. Le procès est une cérémonie de paroles

Pour le magistrat, toute la tache du droit c'est de "mettre de l'argent à la place de la souffrance, tache impossible". 

Selon lui, "l’argent est nécessaire, il peut opérer une transformation à condition d’être précédé d’une parole de reconnaissance et pas de commisération". 

Arthur Dénouveaux, pour sa part, dénonce l’individualisation de la réparation. 

Dans l'idéal, "l’état considère que vous avez pris une balle pour nous tous, donc vous avez droit à une indemnisation; ce n’est pas le courrier qu’on reçoit, on reçoit une lettre qui dit vous avez été victime de terrorisme, nous en sommes désolés , voilà 10 000 euros".  

C’est pas ça qui permet de commencer un processus pour cesser d’être une victime. Donner de l’argent pour donner de l’argent ça ne marche pas. 

Concernant l'existence de "fausses victimes", dans l'espoir de se voir verser des indeminisations, Antoine Dénouveaux parle d'un "sentiment de dégoût, une incompréhension totale". 

Pour le magistrat Antoine Garapon, c'est symptomatique de notre époque :  "la victime est sacralisée et honnie, donc c’est un statut enviable, c’est une forme de gloire. Nos sociétés, devant cette déchéance de l’état et du corps glorieux du souverain, recherche le corps glorieux de la victime"

Cette manière de faire société devient attractif 

Les invités
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