Marion Leboyer, psychiatre, directrice des départements universitaires de psychiatrie des hôpitaux Henri Mondor à Créteil (Val-de-Marne) et directrice de la Fondation FondaMental, est l'invitée du Grand entretien de France Inter.

Marion Leboyer
Marion Leboyer © Tijana Feterman / Fondation FondaMental

"Les conséquences du Covid-19 sont devant nous, pour des raisons sociales et psychologiques, pour plusieurs mois et plusieurs années. Cela concerne des personnes infectées ou non. Mais il y a aussi, au-delà des traumatismes, pour ceux qui ont été malades, des raisons liées à la biologie de l'infection. Le Covid-19 a un tropisme pour le cerveau et laisse des séquelles qui augmentent le risque de pathologies psychiatriques", a détaillé la psychiatre Marion Leboyer, directrice des départements universitaires de psychiatrie des hôpitaux Henri Mondor à Créteil (Val-de-Marne), directrice de la Fondation FondaMental, et invitée de France Inter mercredi. 

Il y a une "chronologie du développement de différentes pathologies psychiatriques", poursuit-elle. "Pendant l'exposition aiguë, on a noté une augmentation d'épisodes délirants, chez des gens qui n'avaient jamais été malades auparavant. Puis dans les suites immédiates de l'infection, des troubles anxieux et du stress post-traumatique. Et ensuite des tableaux dépressifs." 

Communication imprécise et angoissante du gouvernement ?

Si elle se refuse à tout commentaire politique, Marion Leboyer explique toutefois que, d'après les études faites pendant depuis le début de l'épidémie de Covid-19, "les Français ont besoin d'informations précises, de savoir ce qu'il se passe, comment faire face". "Si la situation est inquiétante, disons-le. Ils sont bien plus rassurés de savoir quelles sont les mesures précises à suivre que d'être dans un no man's land où les choses sont imprécises", explique-t-elle.

"Si j'ai un message à donner c'est que, pour réduire les risques psychiatriques de la seconde vague, il faut continuer à faire de la prévention, faire ce que nous faisons, dé-stigmatiser, donner les outils au public pour s'auto-évaluer, tirer partie et soutenir les innovations technologiques comme la téléconsultation et puis la prise en charge globale des patients entre les soins physiques et psychiatriques."

Parler de la dépression

Car parler d'un sentiment dépressif ou d'une pathologie psychiatrique reste encore tabou en France. "Ce n'est pas facile d'accepter l'idée d'être déprimé, anxieux. C'est difficile d'identifier la dépression. Il y a tout un travail d'information pour expliquer que ces maladies sont comme les autres, se diagnostiquent et se soignent. Il faut informer pour essayer qu'elles ne soient plus des pathologies honteuses", poursuit Marion Leboyer.

Par ailleurs, et au-delà de la dé-stigmatisation, l'organisation de la santé mentale mérite plus de moyens, ajoute Madame Leboyer. Elle souligne la nomination, en 2019, d'un délégué ministériel à la santé mentale et la psychiatrie. "Un plan est entrain de se construire et de se mettre en place. Ça va dans le bon sens, mais c'est surement insuffisant par rapport à l'enjeu majeur que représente la psychiatrie. Ce dont on a besoin, c'est d'une vraie volonté politique pour combattre ces maladies, repenser l’organisation des soins."

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