Âge pivot, négociations syndicales, enseignants, perturbations dans les transports... Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, était l'invitée du grand entretien de Nicolas Demorand et Léa Salamé à 8h20, pour évoquer la réforme des retraites et la grève en cours.

La porte-parole du gouvernement revient sur les annonces faites par Édouard Philippe la veille, et répond aux interrogations que suscite cette réforme des retraites. 

Sur la CFDT qui rejoint la contestation

Alors que la CFDT a grossi les rangs de la contestation à cause de l'âge-pivot de 64 ans, "ligne rouge" du syndicat, Sibeth Ndiaye considère malgré tout que "le gouvernement a beaucoup de convergences avec un certain nombre d'organisations syndicales. On est d'accord avec la CFDT sur le fait qu'il faut un système plus juste, plus lisible. Là où nous avons un désaccord, c'est lorsque nous estimons que nous devons avoir de la transparence et de la responsabilité vis-à-vis de nos citoyens."

"Si je disais que nous allons revaloriser les enseignants, améliorer les retraites des commerçants et des artisans sans dire comment je vais le financer, vous me rigoleriez au nez et vous auriez raison de le faire."

Sibeth Ndiaye dit être en désaccord avec Laurent Berger sur deux points : "D'abord, nous avons systématiquement redit que, compte tenu de l'évolution démographique de notre pays, il fallait allonger progressivement le temps passé à travailler. Ensuite, nous avons toujours expliqué que dans cette réforme, on ne peut pas dire : nous avons des mesures sociales, sans dire comment les financer."

Face à cette unité syndicale, la porte-parole du gouvernement réfute toute idée d'un "ratage" de l'exécutif : "Il y a des organisations syndicales qui ont toujours dit qu'elles refusaient de signer quoi que ce soit. Que SUD-Solidaires, la CGT, ne signent pas, ce n'est pas une surprise. Mais qu'il y ait des syndicats réformistes comme la CFDT qui considèrent que le sujet de l'équilibre financier ne doit pas être questionné, je le regrette."

Sur le mouvement de grève et la fronde sociale qui dure depuis plusieurs mois

"Les mois écoulés n'ont pas été inutiles, ce sont des mois pendant lesquels nous avons écouté les Français", estime Sibeth Ndiaye. "Nous avons une démocratie sociale, avec des discussions et des avancées faites de part et d'autre. On bâtit un compromis."

La porte-parole du gouvernement ajoute : "Je ne crois pas qu'on puisse dire que tous les Français, à une très large majorité, soient contre cette réforme." Il y a de l'angoisse, certes, reconnaît-elle.

C’est normal d’être angoissé, parce que de manière générale, quand on vous parle de retraite, on est angoissé. C'est à nous de convaincre, de rassurer, et c’est ce que j’essaie de faire ce matin.

Interrogée par un auditeur sur la "révolte sociale" selon ses termes, Sibeth Ndiaye répond : "Aujourd'hui, les gens sont en colère, sinon ils ne manifesteraient pas. Pour autant, peut-on dire que l'on vit une situation insurrectionnelle ? Je ne le crois pas."

Si la grève dure jusqu'à Noël, quelle réponse aux commerçants ?

L'éventualité que le mouvement perdure pendant la période des fêtes inquiète les commerçants pour qui ce moment de l'année est crucial. "Je ne peux que le regretter", assure Sibeth Ndiaye, qui indique que des mesures sont mises en place. "Nous avons activé une cellule de crise à Bercy, qui permet d'accompagner les commerçants. Nous avons activé un ensemble de mécanismes (payer les charges Urssaf plus tard, avoir un décalage de trésorerie...)"

"Je ne peux pas vous dire aujourd'hui qu'on va mettre en place je ne sais quel fond, mais nous faisons un point tous les deux jours avec les commerçants."

Sur l'âge pivot et la décote

La porte-parole du gouvernement affirme qu'en moyenne, "les Français partent en retraite à 63 ans et 4 mois. Toutes les projections disent qu'en 2024, les Français partiront à 64 ans." Ce qui justifierait l'âge pivot à 64 ans. 

Pour ceux qui souhaiteraient partir plus tôt, "il y en a qui accepteront d'avoir un petit malus en partant à 62 ans". À combien s'élèvera ce malus ? "C'est justement sur la table des négociations." En tout cas, si l'on choisit de partir à 62 ans, "on paie un malus pendant deux ans et à partir de 64 ans, on revient à taux plein", assure Sibeth Ndiaye... Avant de revenir sur ses déclarations, plus tard, sur Twitter. 

Sur les enseignants 

Les enseignants, aujourd'hui perçus comme les "grands perdants" de la réforme, sont l'une des professions les plus inquiètes. Pour leur répondre, Sibeth Ndiaye explique, au sujet des primes : "D'abord, on va faire en sorte que toutes les primes qui constituent le salaire des enseignants soient intégrées, pour entrer dans le calcul de la retraite."

Sauf que les enseignants, justement, perçoivent peu de primes. Les enseignants seront donc augmentés : "Pour ne pas qu'ils soient pénalisés, il faut qu'on détermine quel est le facteur d'augmentation que l'on doit apporter." Une négociation sera entamée au premier semestre 2020, le gouvernement veut la voir achevée à l'été 2020. "Si l'on trouve un accord avec les syndicats, nous sommes favorables à cette augmentation progressive dès 2021."

Sur les travailleurs précaires 

Un auditeur interpelle la porte-parole du gouvernement sur les travailleurs occasionnels ; étudiants, saisonniers... Sibeth Ndiaye assure que le nouveau système sera avantageux, car il prendra en compte toutes les heures travaillées. "Aujourd'hui, quand vous travaillez moins de 150 heures par trimestre, ça ne compte pas pour le calcul des retraites. C'est une injustice profonde du système actuel à laquelle on va répondre, puisque chaque heure que vous allez travailler sera comptée.

  • Légende du visuel principal: Sibeth Ndiaye, invitée du Grand entretien le 12 décembre 2019 © Radio France / France Inter
Les invités
  • Sibeth NdiayeSecrétaire d'État auprès du Premier ministre, porte-parole du Gouvernement
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