Raphaël Glucksmann est l'invité de la matinale de France inter pour la sortie de son ouvrage "Les enfants du vide, De l'impasse individualiste au réveil citoyen" aux Editions Allary.

Raphael Glucksmann
Raphael Glucksmann © AFP / JOEL SAGET / AFP

Qui sont les "enfants du vide", dont Raphaël Glucksmann parle dans son nouveau livre ? "C'est vous, c'est nous, c'est toute cette génération qui est née dans un monde, post-idéologique, post-historique post-tragique", explique-t-il. "Contrairement à nos parents qui sont nés dans une période tumultueuse où la vie et l'univers était saturée de dogmes (...), où ont brisé ces idoles pour pouvoir respirer, pour pouvoir penser librement, ils ont brisé des chaînes. _Nous on est dans une situation complètement différente complètement opposée même : on est dans le vide de l'idéologie on est dans l'absence de structure collective_. On est en fait dans un monde on doit se prendre soi-même comme horizon de tout dans notre vie, et c'est ce vide-là que moi je cherche à explorer".

"On a souvent pensé que le rappel à la raison, à la morale, suffirait", déplore-t-il, évoquant un constat d'échec des progressistes. "Toute notre idéologie des droits de l’homme, elle n’a pas su s’opposer au triomphe du néolibéralisme, à la dislocation des structures collectives", explique-t-il également, racontant que le déclic qui a lancé l'écriture de cet ouvrage est une rencontre avec un retraité de la sidérurgie en Lorraine, "qui me disait qu’il n’arrivait pas à comprendre ses enfants qui avaient plus d’argent que lui et qui avaient peur de tout, qui votaient FN. C’est lui qui m’a mis sur la voie : il m’a dit, moi j’avais le syndicat, j’avais le parti ; ceux qui croyaient avaient l’Eglise, et eux ils n'ont rien". 

Comment explique, alors, le succès des populistes ? "Aujourd’hui Salvini fait plus de la politique que les progressistes. Il pensent et ils disent que la Cité peut inverser le cours des choses, que la volonté générale peut avoir son mot à dire sur les évolutions du monde. Si la politique, c’est juste épouser l’air du temps, on n’a pas besoin de politique. La politique, c’est quand un peuple se réunit et peut inverser le cours des choses", déclare-t-il. "Quand les populistes et les brexiteurs disent “take back control”, on ne peut pas leur répondre qu’ils n'ont pas besoin d’avoir le contrôle, que nous savons, que nous avons l’expertise. Au contraire, il faut développer un projet qui réponde réellement à cette exigence de reprendre le contrôle".

Pour Raphaël Glucksmann, "Emmanuel Macron fait une esthétique politique : il rétablit une forme de verticalité de la fonction présidentielle, mais toute sa politique vise à accompagner les évolutions du monde. Ce qu’on nous présente comme disruptif, ça consiste à nous dire qu’il faut accepter le marché tel qu’il est". Alors que la politique devrait, selon lui, inverser les structures de domination, "là, elle vient les conforter". Il voit un parallèle entre l'Italie d'il y a quelques années, du temps de Matteo Renzi "qui a rallié toutes les élites pour préserver le système en place", et la France de Macron. 

L'essayiste raconte par ailleurs sa rencontre avec Donald Trump : "Au milieu d'une conversation, il nous a annoncé "je serai président, car je suis le meilleur". Je me suis retenu d'exploser de rire. J'ai raconté ça à mes amis new-yorkais, et on a ri aux éclats, on s’est dit que ça n’arriverait jamais. Qu’est-ce que ça illustrait ? Notre déconnexion à ce moment là, l’incompréhension de ce qu’il se passait dans nos propres pays". 

"Ce qu’on a perdu, estime Raphaël Glucksmann, c’est le sens du tragique : on a une vision comique du monde, on pense que les événements vont s’auto-résoudre. On a 15 000 scientifiques qui signent un texte le 13 novembre 2017, qui nous disent que demain il sera trop tard, que le monde va disparaitre. On est saisis d’effroi, on n’écoute que ça pendant deux jours, et nous passons à autre chose. Dans ce studio, Nicolas Hulot place quatre fois le mot tragique. Quelle est notre réaction ? On transforme ça en psychologie de comptoir, et on passe à autre chose. Cette incapacité à saisir la gravité des périls, c’est ce qui nous fait aller dans le mur. On a besoin d’un horizon de mobilisation".

Il en appelle ainsi à l'expression des "européens de gauche", de la population qui "croit dans les valeurs de solidarité sociale, d'égalité, de justice, et qui pense que l'avenir se dessine à l'échelle européenne". Est-ce à dire qu'il compte s'investir en politique ? "Bien sûr que je vais m’engager, je ne sais pas sous quelle forme, mais ce que je voudrais, c’est que tous les gens qui veulent s’engager dans une cause s’unissent et proposent un projet de société", déclare-t-il.

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