L'économiste, Philippe Aghion est professeur au Collège de France, où il dirige la chaire "Institutions, Innovation et Croissance". Il co-écrit : "Le Pouvoir de la destruction créatrice" aux éditions Odile Jacob, en librairie le 14 octobre. Il est l'invité du Grand entretien de la matinale de France Inter.

Co-auteur du "Pouvoir de la destruction créatrice", l'économiste Philippe Aghion était l'invité ce lundi du Grand Entretien de la matinale sur France Inter, où il a détaillé son point de vue sur le rôle fondamental, estime-t-il, de l'innovation et de la réindustrialisation dans l'économie et la croissance.

Mais la "destruction créatrice" (théorie popularisée par Joseph Schumpeter), c'est quoi exactement ? Philippe Aghion explique : "Premièrement, c'est le constat que la croissance résulte d’un processus cumulatif d’innovations (...) Deuxièmement, que les entrepreneurs investissent car ils espèrent avoir des rentes (...) Et la troisième idée, c’est que les nouvelles innovations détruisent les anciennes technologies : c’est ça, la destruction créatrice."

La "destruction créatrice" après la crise du Covid

Un concept que la crise du Covid-19 a, juge-t-il, mis en lumière : "D‘un côté le Covid a entraîné des destructions d’emplois, des faillites d’entreprises. De l’autre, la crise ouvre un espace pour de nouvelles activités innovantes". "L’innovation c'est le progrès. Une société qui n’innove plus, c'est une société qui stagne, c’est l’Albanie", estime-t-il.

"Je ne me réjouis pas qu’il y ait eu la crise du Covid. L’idée, c’est de dire essayons d’en tirer le meilleur parti", détaille Philippe Aghion : "Ça nous oblige à repenser des choses qui n’allaient pas bien avant. On s’est rendu compte qu’on avait trop délocalisé (...) Ça a été un révélateur : il faut réindustraliser."

Une réindustralisation qui passe par "la création de nouvelle entreprises, notamment dans les énergies nouvelles, le digital, la santé..." égrène l'économiste : "D’un côté, il y a des emplois et des entreprises à protéger. De l’autre, il faut favoriser l’émergence de nouvelles activités, de nouvelles entreprises."

La question écologique

Créer et innover, donc, mais qu'en est-il de la préoccupation écologique ? Pour Philippe Aghion, "l’innovation n’est pas spontanément verte (...) Il faut l’intervention de l’État et de la société civile pour pousser vers l’innovation verte." Et la décroissance, suggérée par certains à l'aune de la crise sanitaire ? "Je ne crois pas que la décroissance soit la solution. Je crois que c’est beaucoup plus la croissance verte, l’innovation verte." Et le rôle des énergies propres ? "Le nucléaire est une source propre d’énergie, ne crachons pas sur le nucléaire, c’est l’un des moyens. Mais on développe l’éolien, il y a  des recherches sur la fusion nucléaire… Il ne faut pas dire d’emblée 'je n’arriverai pas à innover'."

L'économiste épingle aussi le "problème" que les Gafam - Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft - posent selon lui dans un modèle concurrentiel : "on les a laissé faire des fusions acquisitions sont limite, et elles sont devenues hégémoniques et bloquent tous les autres (...) Il faut repenser la politique de concurrence, l’adapter à l’ère du digital."

Autre problème, une recherche délaissée dans notre pays : "En France, la recherche fondamentale et l’université sont sous financés par rapport à des pays comme les Etats-Unis, les pays scandinaves ou l’Allemagne."

  • Légende du visuel principal: L'économiste Philippe Aghion © AFP / Leemage
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  • Philippe AghionEconomiste, professeur à l'université d'Harvard et à l'Ecole d'économie de Paris
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