Quel avenir pour l’Algérie ? Kader Abderrahim, spécialiste du Maghreb et de l'islamisme, Maissa Bey, écrivaine, et Amel Boubekeur, sociologue, étaient mercredi les invités du Grand entretien de Nicolas Demorand et Léa Salamé sur France Inter.

Le Grand entretien de France Inter se transforme en “table ronde”, ce mercredi matin, pour mieux comprendre la situation en Algérie et essayer d’y voir plus clair sur son avenir. Interrogé sur l’état du pays et la possible fin du président Abdelaziz Bouteflika à sa tête, Kader Abderrahim, spécialiste du Maghreb et de l'islamisme juge cette sortie “pathétique”. “J’ai relu à plusieurs reprises la lettre qu’il a adressé à la nation. On retrouve très bien son style, il y avait les germes d’une sortie par le haut mais, malheureusement, il continue de s’accrocher” estime le chercheur. 

“[Bouteflika] est obsédé par cette idée que le pouvoir ne se partage pas”

C’est un homme qui est revenu au pouvoir et qui avait dit qu’il ne serait pas un trois quart de président, obsédé par cette idée que le pouvoir ne se partage pas. Il avait beaucoup de comptes à régler et c’est ce qui marque sa trajectoire. Mais, malheureusement, il a pris en otage 40 millions de personnes” ajoute Kader Abderrahim.

Sur ce point, la sociologue Amel Boubekeur, "il ne reste déjà plus grand chose". "Les Algériens, même avant ce soulèvement, se sont habitués à vivre sans président" dit-elle, estimant que le peuple qui se soulève est bien au-delà de la question du président mais déjà sur l'idée de vouloir "participer plus directement, de récupérer les institutions".  L'écrivaine Maissa Bey ajoute que c'est "un groupe" qui s'est "emparé" du pouvoir il y a maintenant près de 60 ans. 

Kader Abderrahim estime que le régime est aujourd’hui “un bateau qui prend l’eau de toute part. “Il y a des défections de partout, à l’intérieur du FLN, les oligarques du patronat, les organisations satellites du FLN, les anciens combattants, pilier du régime. (...) Le régime à peur parce qu’il ne maîtrise pas cette situation qu’il n’a pas vu venir. Il y a une jeunesse hyper connectée face à un régime totalement déconnecté des défis de l’Algérie. C’est Jurassic Park, quand on voit le président ou certains dirigeants algériens.

Des affrontements à craindre ? 

Craignant une fausse sortie” et une “ruse” pour un mandant prolongé “ad vitam eternam, Kader Abderrahim juge que “les frustrations accumulées par la population et cette humiliation supplémentaire peuvent conduire à des affrontements”. La sociologue Amel Boubekeur estime quant à elle que ceux qui manifestent “ont envie de canaliser leur frustration dans une participation politique constructive”. Elle poursuit : “Il y a une volonté de garder ce self contrôle des manifestations (...) et de contrôle de tout dérapages notamment en se laissant la possibilité d’exclure les casseurs”. 

Quelle alternative ? 

Sur la question des alternatives à Bouteflika, Amel Boubekeur estime que l’opposition est une notion “complexe en Algérie car les partis “ont été instrumentalisés par le pouvoir, cooptés”. Certains, dit-elle, “ont même participé à l’alliance présidentielle et ont donc perdu toute crédibilité vis-à-vis de la population”. Mais la sociologue juge que “le fait qu’il n'y ait pas de leadership ne pose pas problème en soi : c’est cette capacité d’auto-organisation qui fait la spécificité de ce moment”.  

De son côté, le spécialiste du Maghreb Kader Abderrahim estime que cette question de l’opposition et de ses figures est “très importante” : “Il ne faudrait pas que le régime dise qu’il n’a pas d’interlocuteur, personne avec qui négocier. Il y a des personnalités qui peuvent jouer un rôle (...) mais c’est évidemment très insuffisant. Il faut trouver les moyens d’une structuration qui ne sera jamais consensuelle mais de permettre de trouver des interlocuteurs entre le peuple et le régime dans le moment que sera la Conférence nationale”.

Kader Abderrahim juge aussi que, à court terme, les islamistes “ne pèsent pas une alternative politique” ni une “issue au mouvement car eux aussi ont été “intégrés dans le jeu politique par Bouteflika ce qui a permis de les corrompre et qui les a discrédités”.

  • Légende du visuel principal: Algérie © AFP / Ryad Kramdi
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