Léa Salamé et Ali Baddou recoivent Eric Caumes, chef du service des maladies infectieuses à La Pitié-Salpêtrière et Marisol Touraine, Présidente d'UNITAID, ancienne ministre de la Santé, sont les invités du grand entretien.

Il avait été très critique envers la gestion de la crise sanitaire jusqu’ici : le professeur Eric Caumes semble un peu rassuré ce matin au micro de France Inter. "Le président a enfin pris conscience de la situation", explique-t-il. "C’est très bien, la réponse est à la hauteur de l’enjeu, sur le plan de la santé publique. Théoriquement, les mesures qui ont été prises devraient permettre d’aplanir le fameux pic épidémique, et de rendre la gestion des malades beaucoup plus facile." Il ajoute tout de même "un petit commentaire sur le personnel non médical : en cette période de crise des hôpitaux, un petit geste pour les infirmières aurait été mieux qu’un mot d’empathie et de compassion."

Même avis pour Marisol Touraine, ex-ministre de la Santé, surtout du point de vue politique : "Dans ces moments il y a évidemment la crise sanitaire, mais aussi la nécessité de la cohésion et de garantir à chaque Français que ses droits seront respectés. La tentation du repli, de la stigmatisation, peut toujours être présente."

"Faire en sorte que les malades arrivent progressivement dans les hôpitaux"

Pour Eric Caumes, la tenue des élections municipales ne pose pas de problème sanitaire majeur, en prenant "certaines précautions, comme demander aux votants de venir avec leurs propres stylos, de porter un masque s’ils toussent. Si elles sont prises, je ne suis pas trop inquiet."

D’autres mesures pourraient être prises prochainement, selon Marisol Touraine : "Le choix du gouvernement est de mettre en place une stratégie progressive et évolutive. Personne ne peut dire que dans deux jours, une semaine, les lieux publics ne seront pas fermés. Mais le choix qui est fait c’est de freiner la propagation de l’épidémie, pour faire en sorte que les malades arrivent progressivement dans les hôpitaux. C’est contre-intuitif, mais c’est en étirant l’épidémie [dans le temps] que le système de santé pourra répondre le plus facilement à la situation."

Eric Caumes confirme : "Il faut trouver de la place pour les malades qui arrivent, c’est ça notre challenge actuellement. On a beaucoup fermé de lits d’hôpitaux ces derniers temps, il y a beaucoup de problèmes de personnel, donc forcément on est obligé de faire des choix. La priorité actuellement c’est de gérer les malades du coronavirus."

Saturer le 15, une "erreur majeure"

Il regrette toutefois amèrement une "erreur majeure", celle d’avoir conseillé aux malades d’appeler le 15 en cas de symptômes. "On a saturé un numéro d’appel très important, celui qu’on compose pour les infarctus par exemple, fait pour des urgences médicales majeures, pas du tout pour soulager la corona-paniquémie. Il fallait un numéro vert, une cellule pour s’occuper des patients qui sont inquiets, et réserver le 15 aux appels urgents." Ce numéro vert existe désormais : c’est le 0 800 130 000.

Sur l’existence de cas graves aussi chez des patients jeunes et sans antécédents, l’épidémiologiste explique que c’est loin d’être nouveau : "La grippe tue chaque année 10.000 personnes, dans l’indifférence quasi généralisée. Oui, il y a des jeunes qui sont atteints, mais c’est avant tout les personnes âgées et fragiles."

Un nombre de morts "un peu surestimé"

Enfin, n’y a-t-il pas un paradoxe dans la manière dont la communication s‘est faite autour de cette épidémie, censée être apaisée mais qui a généré des inquiétudes fortes voire des paniques dans certains cas ? "Que ce soit le ministre voire le directeur général de la santé qui égrène chaque soir le nombre de morts, ça m’apparaît relever d’une communication un peu bizarre", s’étonne Eric Caumes. "D’autant que les morts sont probablement un peu surestimés, on oublie de dire que beaucoup d’entre eux ont plus de 90 ans avec d’autres pathologies."

"Mais il ne faut donner le sentiment qu’on cache quoi que ce soit", complète Marisol Touraine. "Les théories du complot fleurissent rapidement. L’exercice de transparence est indispensable, je suis convaincue que les Français sont prêts à entendre mais il faut nous expliquer, la pédagogie est nécessaire."

  • Légende du visuel principal: membres des urgences, Crepy-en-Valois. © AFP / FRANCOIS NASCIMBENI / AFP
Les invités
  • Eric CaumesSpécialiste des maladies infectieuses et tropicales à La Pitié-Salpétrière (Paris).
  • Marisol TourainePrésidente de l'organisation Unitaid, ex-ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes
L'équipe
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